Les contrats d’édition expliqués aux auteur-e-s : 4. La rémunération de l’auteur-e

Les contrats d'édition expliqués aux auteur-e-s : 4. La rémunération de l'auteur-e

C’est sans doute la première chose à laquelle on pense quand on dit « contrat d’édition » et « intérêts de l’auteur » dans la même phrase. Indubitablement, il se joue beaucoup dans la façon dont l’éditeur compte rémunérer l’auteur. Pour autant, l’interprétation des clauses qui y ont trait n’est pas toujours simple ni évidente. Cet article ne se veut pas exhaustif ; comme je l’ai fait jusqu’à présent, j’y mentionnerai seulement les différents points qui me paraissent à la fois importants et présents dans la plupart des contrats.

4 : La rémunération de l’auteur-e

Dans l’édition traditionnelle, le mode de rémunération de base de l’auteur-e est constitué par les redevances (royalties en anglais). Il s’agit d’un pourcentage qui s’applique au prix généralement hors taxes de chaque exemplaire vendu de l’œuvre. La valeur des redevance dépend donc de trois chiffres : d’une part, a) la hauteur du pourcentage, d’autre part, b) le prix hors taxes du livre et le nombre d’exemplaires vendus.

a) La hauteur du pourcentage

À priori, l’éditeur a toute latitude de déterminer le pourcentage de vos redevances. C’est pourquoi il est bon de connaître les standards du milieu afin de juger ce qu’on vous propose. Ces standards sont multiples, car ils varient selon plusieurs facteurs. Ainsi, sur un livre papier régulier, 10 % du prix HT est considéré comme une moyenne, une norme. Sur un format poche, cette norme tombe à 8 %. Cependant, ce pourcentage peut diminuer si vous n’êtes pas le ou la seul-e auteur-e de l’ouvrage, soit que vous participiez à une anthologie de nouvelles/novellas, soit à un album illustré.

Au contraire, ce pourcentage peut augmenter si vous êtes un-e auteur-e qui a fait ses preuves. En effet, si l’éditeur est assuré d’un certain chiffre de vente et donc de rentrer facilement dans ses frais, il n’a pas d’excuse pour ne pas vous offrir une part plus importante du gâteau. De même, il est intéressant de décider d’un pourcentage qui augmente par paliers, par exemple : 10 % pour les 1000 premiers exemplaires écoulés, 12 % pour les 4000 suivants, etc. Des pourcentages différenciés peuvent également être établis entre les exemplaires vendus en librairie vs en ligne.

Quant aux publications numériques, leur nouveauté ne permet pas encore qu’émerge clairement un « standard ». Sachez cependant que le pourcentage doit forcément être plus élevé que pour une édition papier, ne serait-ce que pour compenser la baisse drastique du prix HT… Selon les éditeurs numériques, ce pourcentage varie en général entre 25 % et 50 %.

b) Le prix du livre et le nombre d’exemplaires vendus

50 % ? Cela semble énorme comparé à notre petit 10 % de l’édition papier. Mais encore faut-il que le prix du livre numérique ne soit pas 5 fois inférieur au prix de son équivalent papier… Auteur-e-s, ne vous focalisez pas uniquement sur le pourcentage, mais aussi sur le montant concret qu’il peut vous rapporter ! La mode des ebooks à 1 $ ne semble pas forcément favorable aux auteur-e-s quand on sait que les livres papier, qui atteignent facilement les 20 $, continuent à dominer largement le marché du livre en France et au Québec.

Bien sûr, la question du prix de l’exemplaire HT n’est pas séparable du nombre d’exemplaires vendus. Encore une fois, mieux vaut pour ses finances vendre 100 000 exemplaires d’un livre bradé que quelques centaines de livres plus chers… Cependant, il faut aussi se rappeler qu’il n’est pas forcément plus facile de devenir un « best-seller » en numérique qu’en papier, et que le prix est loin d’être le seul critère d’achat de votre lectorat (comme de tout consommateur). Votre éditeur possède-t-il un réseau étendu de distribution ? Le marché pour lequel vous écrivez est-il vaste ou restreint ? Sans contexte, les chiffres parlent peu d’eux-mêmes.

c) L’avance ou à-valoir

Il est aussi de coutume pour un éditeur de verser une avance ou à-valoir à l’auteur-e dès la signature du contrat. En effet, l’écriture comme l’édition d’un livre sont des processus laborieux, et attendre un an après la mise en vente de son livre pour toucher la première cenne peut s’avérer long… L’avance, comme son nom l’indique, est une somme que l’éditeur avance à l’auteur-e sur ses futures redevances, et non une somme supplémentaire qu’il lui accorde. La hauteur de cette somme varie selon les estimations de vente du livre. Quel que soit son montant, assurez-vous qu’elle n’est pas remboursable advenant l’impossibilité pour l’éditeur de vous éditer (à moins que la raison ne vous en soit imputable).

L’avance n’est cependant pas une mesure obligatoire de la part de l’éditeur. Si vous êtes un-e nouvel-le auteur-e et/ou que votre éditeur a peu de moyens, vous devrez sans doute faire sans…

d) Arrêt des comptes

Surtout si un-e auteur-e ne touche pas d’à-valoir, il a intérêt à savoir quand lui seront versées ses redevances. La plupart des éditeurs arrêtent leurs comptes une fois par année à date fixe, mais cela peut être davantage, permettant une meilleure répartition des revenus sur l’année. Un délai est également fixé entre la date d’arrêt des comptes et le versement des redevances, avec des intérêts calculés sur toute somme due à l’auteur-e qui ne serait pas versée dans les temps. L’auteur-e a aussi, évidemment, droit de regard sur les comptes de l’éditeur qui concernent son œuvre.

e) Autres formes de revenus

Si le revenu principal d’un-e auteur-e est effectué sur la vente des exemplaires de son œuvre, il ou elle peut en réalité percevoir autant de revenus qu’il ou elle dispose de droits d’auteur à offrir en licence ou sous-licence (voir le premier article de la série). Pour les droits impliquant directement l’œuvre telle que préparée par l’éditeur, comme la reprographie, il est possible de déterminer dans le même contrat le partage des redevances entre l’auteur-e (par exemple 65 %) et l’éditeur (par exemple 35 %).

Pour d’autres droits, tels que la traduction, l’adaptation, etc., il est préférable de laisser la négociation ouverte et de rédiger un contrat spécifique supplémentaire le cas échéant. Il en va de même pour une hypothétique édition numérique d’un livre papier, et vice versa.

Aux Éditions Láska, nous voulons tenter un autre mode de rémunération plus solidaire qui, s’il comporte certains inconvénients par rapport à la façon traditionnelle, comporte également plusieurs avantages pour les auteur-e-s, notamment en cas de succès. En effet, plutôt que de garder la majorité du prix HT des exemplaires vendus, nous prélèverons par paliers un montant déterminé d’avance, correspondant aux frais d’édition. Ces frais ne seront recouverts qu’au-delà d’une rémunération minimum de l’auteur (1 500 $ pour une seule œuvre, par exemple).

De plus, les redevances émaneront en premier lieu d’abonnements à tout le site web, et non de l’achat de titres particuliers. Cette solution, en mutualisant les risques (entre l’auteur-e et l’éditeur, ainsi qu’entre les auteur-e-s), implique un démarrage plus lent, mais une croissance beaucoup plus rapide ! Et si le projet ne réussissait pas… c’est ce que nous verrons dans l’article prochain !

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