Les contrats d’édition expliqués aux auteur-e-s : 6. Le droit de premier refus

Les contrats d'édition expliqués aux auteur-e-s : 6. Le droit de premier refus

Vous le trouverez aussi sous le nom de contrat d’option ainsi que de droit ou pacte de préférence. De quoi s’agit-il ? C’est l’obligation pour l’auteur-e de présenter son ou ses prochain(s) manuscrit(s) en priorité au même éditeur, qui obtient de fait le droit de le refuser (ou de l’accepter) en premier. Ce droit de l’éditeur est généralement encadré ; il n’en représente pas moins un avantage et une sécurité uniquement pour l’éditeur, et non pour l’auteur-e, qui voit au contraire sa liberté restreinte.

6 : Le droit de premier refus

a) Les limites du droit de premier refus

Ce droit ne saurait s’appliquer indifféremment sur n’importe quel manuscrit de l’auteur-e. Il vise généralement les manuscrits qui relèvent du même genre et format que celui pour lequel le contrat est établi. En effet, un éditeur de fiction ne peut s’engager à examiner le manuscrit d’un guide touristique… Du reste, il faut comprendre l’esprit dans lequel ce droit a été élaboré : il s’agit pour un éditeur de pouvoir retenir auprès de lui tout-e auteur-e qui, lancé par lui, remporterait du succès. Or le succès est plus facilement répété dans un même genre.

Idéalement, ce droit de premier refus est aussi limité à une certaine durée (par exemple 5 ans), ainsi qu’à un certain nombre de futurs manuscrits (par exemple 1).

b) Un droit de refus, et non un contrat sur plusieurs ouvrages

L’appellation dit tout : l’éditeur a le droit de premier refus sur le manuscrit. Aucune contre-partie ne prévoit qu’il ait le moindre devoir de l’accepter. Il ne s’agit donc pas tant d’une clause qui vous lie à l’éditeur, que d’une clause qui y lie votre succès potentiel. En cas de flop, il y a fort à parier que l’éditeur usera de ce droit de premier refus pour faire exactement cela : devenir le premier à refuser votre prochain manuscrit…

c) Une question de rapport de force

J’espère avoir démontré par les articles précédents qu’un contrat d’édition est un document multiforme. Ses particularités dépendent de la mission et des moyens de l’éditeur, mais aussi des préférences de l’auteur-e et de son pouvoir de négociation. Ce dernier, quoique jamais nul (c’est toujours l’éditeur qui a besoin de l’auteur-e et non l’inverse), est fonction de plusieurs facteurs : le potentiel « pur » du manuscrit, mais aussi la taille du marché concerné, le niveau de reconnaissance et de célébrité de l’auteur-e, etc.

Si vous signez votre tout premier contrat d’édition, votre pouvoir de négociation est probablement à son plus faible. Pourquoi, alors, vous engager déjà quant à des œuvres que vous pourriez négocier avec un bien meilleur rapport de force ? En outre, si c’est votre première expérience avec cet éditeur, il vaut toujours mieux attendre et voir. Après tout, si votre éditeur actuel est effectivement le meilleur pour vous et réussit à vous le prouver, vous n’avez aucune raison de vouloir en changer !

Aux Éditions Láska, nous voulons établir une relation privilégiée de confiance et d’écoute avec nos auteurs, y compris ceux et celles qui vivent loin du Québec, et non les forcer à travailler avec nous via des clauses contractuelles coercitives.

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