Blogueuses invitées : Chi-Chi et Tam-Tam à propos du concours de nouvelles

Blogueuses invitées : Chi-Chi et Tam-Tam à propos du concours de nouvelles

Ce n’est pas facile de parler de cette expérience.

D’abord parce que nous sommes deux à parler et que si nous faisons beaucoup de choses ensemble, notre manière de percevoir les histoires n’est pas toujours identique. Aussi parce que si nous avons toutes les deux lu toutes les nouvelles, nous avons pendant ce temps échangé au fur et à mesure sur ce que nous lisions. L’idée étant maintenant de ne rien oublier de ce que nous avons pu dire…

Aucune de nous deux n’est un public acquis à la nouvelle en romance. Conjuguer les impératifs de la romance (histoire centrée autour du développement d’un sentiment amoureux entre les protagonistes et happy-end) avec un format aussi court que la nouvelle n’est pas chose aisée. Par nature, le développement de du sentiment amoureux prend du temps, temps que la nouvelle ne permet pas. Ou rarement. Les meilleures nouvelles que nous avons recensées dans le genre sont toutes des nouvelles réussissant à instiller un sentiment de temporalité, ce qui leur permet d’éviter l’écueil du coup de foudre justifiant toutes les décisions. Voilà pourquoi nous admirons beaucoup les auteurs qui se mettent en danger suffisamment pour vouloir écrire une nouvelle de romance et encore plus ceux qui réussissent, ce qui, savons-nous, est une forme de prouesse.

Si le coup de foudre est un point de départ, il ne peut pas être le seul point d’intérêt pour le lecteur. En tout cas, pas pour nous.

Mais lire autant de nouvelles différentes était un défi intéressant et un bon moyen d’en apprendre plus sur la manière dont les auteurs francophones appréhendent le genre.

Dans cette série de 26 nouvelles que nous avons lues, ce qui nous a frappées en premier est la domination absolue de la romance contemporaine classique. 14 titres pour 2 historiques seulement (très surprenant quand on considère les chiffres de vente de la romance historique), et 10 « fantastiques », réunissant contemporain avec une touche de paranormal, romance futuriste/SF ou fantasy pure.

Parmi ces catégories, deux sont des erotica (avec donc un accent très fort sur l’aspect physique de la relation entre les héros), et 4 sont de la romance M/M. De plus, 6 de ces textes ont été écartés d’office car ne correspondant pas aux critères de la romance (histoire centrée autour du développement d’un sentiment amoureux entre les protagonistes et happy-end, comme dit ci-dessus). C’est notamment la notion de happy-end qui a posé problème, et avec elle la difficulté des auteurs à apporter une résolution aux conflits soulevés.

Jeanne nous avait demandé si nous notions des différences entre la romance francophone et la romance anglophone. S’il y a une différence essentielle pour nous, c’est justement celle-là. Cette difficulté à aborder la notion de happy-end. À la lecture des nouvelles, nous pouvions identifier les auteurs qui ne connaissaient pas les codes du genre. Or, peut-être est-ce la force de l’habitude et d’années de lecture, mais toute littérature de genre est régie par des canons qui permettent d’identifier et de classer ses œuvres. Et qu’on le veuille ou non, à ce jour, les codes sont définis par les auteurs anglo-saxons.

Les textes qui ont le mieux retenu notre attention sont toutefois ceux qui se sont attachés à décrire une réalité qui parle aux francophones. Avec une nuance. Toutes les deux Françaises de France, habituées aux codes amoureux « locaux » et à ceux de la romance, il nous a parfois été difficile de nous immerger dans d’autres cultures, même une culture francophone comme celle du Québec, de la Belgique ou de certains pays africains. La barrière culturelle dessert souvent l’auteur, qui suppose que le lecteur maîtrise les mêmes codes que lui, surtout dans un format aussi court qu’une nouvelle où il est important d’atteindre le lecteur de manière rapide et efficace.

À l’inverse, la trop grande spécificité de certains contextes joue en défaveur de l’histoire. Ainsi, citer des noms de rues, de restaurants, prendre trop de temps à détailler la structure d’une société ou les missions d’un certain genre d’emploi est souvent perturbant pour le lecteur. Toutes ces particularités le perdent, à moins qu’elles ne soient liées à des éléments clés de l’histoire.

Sur 50 pages, il est fondamental de savoir aller droit à l’essentiel, encore plus que pour un roman.

De plus, les nouvelles les plus réussies sont de loin celles qui choisissent dès le début un seul conflit à résoudre et se concentrent sur lui. Les personnages au profil trop complexe (SDF, terroriste, suicidaire) ne sont pas adaptés, leur transformation psychologique n’aura pas le temps d’advenir de manière crédible.

S’il ne s’agit bien évidemment pas de juger les textes reçus selon les critères applicables à un texte édité et publié, il est dommage de constater autant de textes non relus, avec notamment de gros problèmes d’orthographe, des soucis de cohérence au sein de l’histoire, et parfois des phrases, voire des paragraphes entiers dépourvus de sens. Un style plus simple et plus direct serait à privilégier, pour que le lecteur puisse profiter pleinement de l’histoire.

Il y a eu, parmi tous ces textes, de vrais moments de plaisir à lire, des textes que nous avons sélectionnés et que nous espérons voir publiés un jour, nos chouchous que nous voulons voir gagner (sans bien évidemment vous en révéler les titres), certains qui mériteraient d’être retravaillés pour les développer encore davantage et approfondir les personnages. Plusieurs auteurs ont su avoir un impact immédiat, beaucoup présentaient des promesses pas toujours tenues mais qui nous laissent penser que ce n’est que le début et que, en plus des nouvelles, il y a une envie de développer de nouveaux codes de référence pour les lecteurs francophones, en matière de romance.

Chi-Chi et Tam-Tam

7 commentaires
  1. Je me permets une remarque sur la phrase suivante: » 2 nouvelles historiques seulement: très surprenant quand on considère les chiffres de vente de la romance historique. » Là, il s’agit de la romance anglo-saxonne, la francophone restant confidentielle, pour de multiples raisons. A l’évidence, la contemporaine tire mieux son épingle du jeu. Que la meilleure gagne, selon la formule consacrée!

  2. C’est très intéressant d’avoir votre retour sur cette expérience… merci !

  3. En fait, Mélie, mon expérience est courte; elle remonte à 2010/2011. Elle se résume à la publication de 3 romans sentimentaux historiques dont un seul est une véritable romance (à quelques détails près.)J’en ai écrit plusieurs autres (dont une publiée prochainement chez Laska), mon précédent éditeur ayant cessé ses activités.
    Ces romances sont difficiles à caser: le parcours du combattant. Les éditeurs se plaignent de ne pas en recevoir, mais, paradoxalement ne sont pas très chauds pour les éditer (saluons le courage de Jeanne!)les productions francophones générant peu de ventes. Quand elles sortent malgré tout, elles sont ignorées ou critiquées. Sans doute sont-elles imparfaites. Les auteurs n’ont pas la technique et l’expérience des Anglo-saxonnes. De plus, elles ne peuvent pas compter sur des collaborateurs pour leur rechercher la documentation nécessaire. Et si on leur donnait une chance de toucher un public, comme le fait Jeanne, au lieu de les zapper ou de leur tomber dessus à bras raccourcis?

  4. J’ai beaucoup aimé voir les coulisses du concours, merci !

  5. Même si ce n’était pas facile pour vous d’en parler, Chi-Chi et Tam-Tam (ou peut-être grâce à cet effort), je trouve votre « compte-rendu » très utile et intéressant.

    Il semble, à vous lire, que la romance ne soit tout simplement pas connue, a fortiori comprise, de beaucoup d’auteurs.

    Quant à vos commentaires sur la difficulté particulière du format court, et la nécessité de poser un conflit ET de le résoudre et ce, dans un nombre de mots restreint, je pense que vous avez mis le doigt sur l’essentiel.

    Merci d’avoir pris la peine de partager votre expérience.

  6. En 2008, je faisais partie d’un jury pour un concours de nouvelles également. Les 10 meilleures ont été publiées dans un recueil papier. Ce dont je me souviens de cette expérience c’est l’immense tableau Excel avec toutes les données qu’il fallait entrer ! L’orthographe, le respect des consignes, la cohérence, et j’en passe (c’était il y a longtemps, ma mémoire me fait défaut). Il y avait une dizaine de catégories à noter pour des dizaines de nouvelles.
    (Je ne m’en suis pas trop mal sortie : 9 de mes préférées ont été publiées. :-))

    (J’aime les coulisses.)

Laisser un commentaire