Chick lit vs romance

Chick lit vs romance

Contrairement à « bit lit », le terme « chick lit » est bel et bien anglais ! Petite leçon d’étymologie : « chick » est un mot d’argot qui signifie « fille, femme », et « lit » est le diminutif de « literature ». De la littérature de fille, donc, mais dont l’étiquette traduit l’aspect moderne, léger, mais aussi un peu insignifiant. Après tout, pour parler de la littérature féminine « sérieuse » — ou pour parler sérieusement de littérature féminine — il existe déjà une expression en anglais : women’s fiction.

Alors, qu’est-ce que la chick lit ? Tout d’abord, elle apparaît dans les années 90 pour désigner des romans féminins d’un nouveau genre, emblème d’une époque et d’une génération, celles des femmes qui ont grandi sur les acquis du féminisme (deuxième vague) et… n’ont pas pour autant trouvé le mode d’emploi du bonheur. Ambitieuses autant dans leur carrière que dans leur vie personnelle et amoureuse, les jeunes femmes des années 1990 et 2000 développent de nouvelles angoisses face à tout ce qu’elles doivent prouver : réussir professionnellement, avoir une vie sociale remplie, être jolies et, bien sûr, sexuellement épanouies !

En plus de cerner une problématique dans laquelle se retrouvent beaucoup de femmes, la chick lit doit son succès à sa liberté de ton, au traitement humoristique, voire sarcastique du quotidien, mais aussi à son inévitable happy end ! En effet, la chick lit reste une littérature résolument optimiste et légère. Une littérature de femmes qui se finit bien… voilà déjà deux points communs avec la romance. D’ailleurs, la chick lit n’est-elle pas simplement une version moderne et urbaine* de la romance ? Beaucoup le pensent, ou tendent à les confondre. Voici quelles sont leurs différences, et pourquoi je préfère la « vraie » romance à la chick lit (même si j’assume totalement d’avoir aimé le film Sex and the City) :

1. Une héroïne vs un couple

La chick lit reprend à cet égard la tradition des romans féminins, qui consiste à se concentrer sur le personnage féminin principal. La romance moderne, au contraire, casse les règles dans les années 70-80 en mettant en scènes deux héros, ou la façon dont deux itinéraires qui n’ont à priori rien de commun en viennent à se croiser, puis à s’unir. Deux héros, c’est aussi deux mondes, deux milieux, deux façons de penser, donc un contexte souvent deux fois plus riche.

2. Une évolution personnelle vs une histoire d’amour

Il y a presque toujours une histoire d’amour dans la chick lit, parce que c’est bien connu, il faut de l’amour dans la vie d’une femme. Cependant, ce n’est souvent qu’une intrigue secondaire, qui peut être entièrement éclipsée dans des pans du livre où l’héroïne se concentre sur sa reconstruction personnelle. Au contraire, une romance… est une histoire d’amour. Et si elle s’accompagne souvent de l’évolution des personnages, qui nous permet de croire à la durabilité de leur bonheur, la relation amoureuse est toujours au centre. C’est un concentré de passion et de sentiments où la chick lit ne fait qu’en distiller ici et là.

3. Une héroïne insatisfaite vs une héroïne forte et déterminée

Comme je l’ai dit plus haut, les héroïnes de chick lit veulent tout et… trouvent qu’elles n’ont pas grand-chose. Aspirations démesurées ? Haine de soi ? Les soi-disant post-féministes souffrent des deux à la fois. Pas assez minces, pas assez séduisantes, pas assez d’orgasmes, pas assez d’argent, pas assez de reconnaissance, pas assez de chaussures, pas assez d’homme dans leur vie… Elles incarnent aussi, de ce fait, un certain stéréotype féminin : consommatrice, superficielle, anxieuse, un peu gaffeuse. Nos héroïnes de romance, en comparaison, se plaignent rarement de leur sort, dont elles ont fait leur force : célibataires pour mener leur carrière, vierges ou séductrices assumées, dévouées à une cause ou à un but précis, elles tracent leur propre chemin sans se soucier de ce que les autres en pensent. Cela offre plus de variété dans le profil de l’héroïne : du garçon manqué à la femme fatale en passant par la timide et la délicate, toutes peuvent trouver leur place.

4. L’homme qui nous attire n’est pas le bon vs il est le bon

Malgré toutes les apparences d’une sexualité finalement assumée, l’héroïne de chick lit découvre souvent à ses dépens que son corps est mauvais conseiller. L’homme trop beau, trop séduisant sur lequel elle craque au début du livre est mauvais pour elle, car il ne l’épousera pas. Or, c’est vrai, sous toute cette réussite professionnelle, cette vie mondaine et cette liberté sexuelle, une femme continue à ne vouloir qu’une chose : qu’on lui passe la bague au doigt… C’est pourquoi, en chick lit, qu’elle finisse par le remarquer ou qu’elle revienne vers lui après une séparation, l’héroïne se retrouve toujours avec le bon gars, le gentil, le normal.

En romance, si le résultat n’est pas toujours très éloigné, le raisonnement est inverse : c’est l’homme à la pire réputation, le plus beau, le plus séducteur et le plus dangereux qui s’avère être, contre toute attente, « le bon ». Fantasme ? En partie, sans doute ; mais aussi revalorisation de l’agence de la femme, qui en osant aller chercher ce qu’elle veut vraiment au risque de s’y brûler les ailes (comprendre : sans garantie d’une relation durable), est récompensée.

5. Une relation typique vs une relation atypique

Puisque l’héroïne de chick lit hésite souvent entre deux hommes, ou entre la vie avec ou sans l’homme, il lui faut des éléments extrêmement tangibles pour définir la bonne relation amoureuse, celle qui en vaut la peine. L’homme l’a-t-il rappelée le lendemain ? A-t-il payé au restaurant ? A-t-il attendu un délai convenable avant d’essayer de coucher avec elle ? La chick lit, finalement, se contente de ressasser un message classique. La romance, à l’inverse, ne peut se contenter d’un tel schéma sans surprise, puisque l’évolution de la relation est l’intrigue principale ! Tous les moyens, même les plus fous, sont bons pour faire tomber nos protagonistes amoureux : se faire passer pour une prostituée pour tenter de tomber enceinte, se payer un escort pour son trentième anniversaire, séduire une héritière pour pouvoir conserver son patrimoine, la prendre en otage, etc. La romance est finalement moins moraliste que la chick lit : elle n’offre pas de recette unique du bonheur, mais une myriade de possibles parfois fantaisistes…

La chick lit, certainement, a une résonnance particulière à notre époque et pour un certain type de femme : éduquées et de classe moyenne ou aisée. Certains romans, au ton souvent moins léger, tentent d’ailleurs une petite satire sociale, à la façon de Jane Austen à son époque, c’est-à-dire sans remettre en question les fondements mêmes de la société, mais en critiquant ses abus et ses dérives dans un milieu restreint. La romance, parce qu’elle n’a pas cette restriction, peut aller plus loin dans tous les thèmes sociaux qu’elle souhaite développer. Une vision universaliste du monde et du bonheur se dégage à travers sa volonté première de divertissement et d’évasion.

* Car par « carrière », on n’entend pas une vie de fermière à la campagne, ce qu’une romance pourrait tout à fait mettre en scène… Non, les héroïnes de chick lit vivent à New York ou à Londres ; aiment le magasinage, les cocktails et les partés branchés.

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1 commentaire
  1. MA femme lit ce genre de livres et j’avoue y trouver un certain plaisir à les lire à mon tour. Le ton léger et le trait humoristique permettent de passer un agréable moment, sans prise de tête.

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