Comment se faire éditer ? 3) Le choix d’un éditeur

Comment se faire éditer ? 3) Le choix d’un éditeur

Éditer ses écrits est à la portée de tout le monde, mais encore faut-il savoir comment s’y prendre. Dans mes articles précédents, j’ai décrit le fonctionnement de l’édition à compte d’éditeur vs celle de l’édition à compte d’auteur (qui inclut l’autoédition). En effet, les deux possibilités existent, et il n’y a pas une solution en soi meilleure que l’autre. Je reçois régulièrement des manuscrits dont j’ai envie de rediriger les auteurs vers le compte d’auteur, car leur projet n’est pas compatible avec celui d’un éditeur. Au contraire, d’autres personnes semblent s’orienter vers l’autoédition sur la base d’attentes ou de croyances fausses, autant au sujet de cette dernière que du compte d’éditeur (par exemple, l’idée que l’on a plus de chances de réussir à vivre de l’écriture en s’autoéditant qu’en cherchant un éditeur).

Cela étant réitéré, il n’y a selon moi rien de plus à dire sur le compte d’auteur, dans les limites de la question « Comment se faire éditer ? ». Si le compte d’auteur est votre choix, alors vous êtes lancé-e : vous n’avez l’assentiment de personne d’autre à solliciter. Nous parlerons donc dans les articles qui suivent uniquement du compte d’éditeur.

Quel est l’intérêt de choisir les éditeurs à contacter ?

Vous pourriez chercher « éditeur » dans Google et tenter d’envoyer votre manuscrit au maximum d’adresses que vous trouverez. Cependant, ce n’est pas une méthode que je recommande si votre but est réellement de vous lancer dans une carrière d’écrivain. Vous y perdriez un temps précieux, sans parler des dépenses probables encourues (si vous devez imprimer votre manuscrit et l’envoyer par la poste, notamment). Enfin, le nombre important de refus que vous vous attireriez en procédant ainsi peut vous démoraliser inutilement.

Est-ce que, lorsque vous cherchez un emploi, vous envoyez aveuglément votre CV à tous les employeurs, sans jeter le moindre coup d’œil à la description du poste et à la formation ou expérience qui sont exigées ? J’espère que non. Or, il en va de même lorsque vous chercher un éditeur pour votre manuscrit.

Mon conseil est de concentrer vos efforts sur des éditeurs dont le projet vous semble compatible avec le vôtre. La compatibilité sous-entend un intérêt mutuel : l’éditeur cherche-t-il des manuscrits dans le genre du vôtre ? Et vous, cherchez-vous un éditeur dans son genre ?

Les deux questions sont aussi importantes l’une que l’autre, car, contrairement à une certaine opinion répandue, la décision finale ne revient pas uniquement à l’éditeur. Quelques auteurs à qui j’avais proposé des contrats d’édition les ont finalement refusés, et d’autres ont préféré retirer leur soumission avant même que je ne l’examine. Dans leur genre (édition numérique), les contrats de Laska sont pourtant souples et généreux et, surtout, l’information est disponible sur notre site pour qui la cherche. De toute évidence, ces auteurs s’étaient fait une fausse idée de notre maison d’édition, et ils en étaient les seuls responsables.

Comment savoir ce que cherche l’éditeur ?

La première question à laquelle vous devez répondre, c’est si l’éditeur que vous visez cherche des manuscrits à éditer (on dit aussi qu’il accepte les soumissions libres ou spontanées). En général, tous les sites web d’éditeurs, même des plus gros, auront une section plus ou moins en évidence intitulée « Manuscrits », « Soumission », « Écrire pour nous », « Devenir un auteur », etc. C’est là que vous trouverez tous les renseignements nécessaires.

Certains éditeurs n’acceptent pas les soumissions libres, car leurs auteurs maison publient déjà suffisamment pour remplir leur calendrier. D’autres n’acceptent peut-être que certains types de manuscrits, ou précisent le délai d’attente pour une publication, si ceux-ci sont particulièrement longs. À ce propos, si un éditeur aura forcément besoin de quelques mois pour examiner votre manuscrit, signer un contrat avec vous et préparer votre texte à la publication, il faut savoir qu’il n’y a pas de règle ou de standard concernant ces délais. Ils dépendent de trop de facteurs différents et imprévisibles, parmi lesquels la pertinence de votre manuscrit par rapport à l’actualité du marché.

Si un éditeur n’accepte pas de manuscrits non sollicités, ne lui envoyez pas le vôtre. C’est tout simplement inutile ; vous vous créeriez un espoir qui n’existe pas.

S’il les accepte, la prochaine information que vous allez chercher concerne sa ligne éditoriale.

Qu’est-ce qu’une ligne éditoriale ?

Une ligne éditoriale, c’est ce qui définit le contenu à priori d’un éditeur (ce terme est également employé pour d’autres types de publication, comme les journaux et magazines). Effectivement, tous les éditeurs ne publient pas la même chose. Plusieurs gros éditeurs sont généralistes, et vous ne faites pas forcément attention à l’éditeur lorsque vous vous laissez tenter par un titre, un auteur, un résumé, une couverture. Toutefois, il vous est aussi sûrement déjà arrivé de repérer un livre à sa collection, alors que l’auteur et le titre vous étaient inconnus. Vous aviez lu et aimé d’autres titres de la collection et, inconsciemment, vous êtes enclin à faire confiance une nouvelle fois à l’équipe éditoriale qui avait choisi votre dernier coup de cœur.

La ligne éditoriale, dans une certaine mesure, peut désigner l’ensemble des genres publiés par un éditeur. Certains sont spécialisés dans les manuels, guides, biographies, d’autres en fiction. Au sein même de la fiction, certains éditeurs publient un peu de tout, alors que d’autres se focalisent sur la SFFF, la romance ou encore le policier. Les Éditions Laska, par exemple, publient essentiellement de la romance, avec des incursions dans la bit lit, la chick lit et le YA (ou « jeune adulte »). Cela est indiqué explicitement sur plusieurs pages du site. Quand on m’envoie un roman historique ou policier, je le mets directement à la poubelle et je ne prends pas la peine d’en notifier son auteur. Pourquoi écrire à une personne qui, de toute évidence, ne sait pas lire ?

Cependant, la ligne éditoriale est souvent plus qu’une simple notion objective comme le genre littéraire. Du côté des périodiques, on a ainsi des publications à priori consacrées aux mêmes thématiques qui les traitent de façon notoirement différente, selon qu’elles sont de gauche, de droite, chrétiennes, etc. Pareillement, des éditeurs qui publient à priori dans les mêmes genres ne seront pas forcément jugés équivalents par les lecteurs. Certains éditeurs de romance sont surtout connus et appréciés pour leurs romances historiques, d’autres pour leurs formats courts, ou encore, pour leurs romances contemporaines érotiques. Cela ne signifie pas forcément qu’ils ne publient que ce sous-genre-là.

Peut-être aussi que tel éditeur a davantage tendance à publier des romances traditionnelles, tandis que tel autre montre une approche plus moderne du genre. Tout cela constitue la ligne éditoriale, et le mieux vous réussissez à la cerner, le mieux vous pourrez évaluer si votre manuscrit y correspond ou non.

Enfin, la ligne éditoriale peut vous donner une indication du sérieux de la maison d’édition. À part les grosses maisons célèbres, qui peuvent avoir des branches dans des secteurs très différents de l’édition, mieux vaut privilégier pour les petites celles qui sont spécialisées. Cela augmente les chances de l’éditeur d’être un vrai spécialiste dans son domaine, puisqu’il est très rare d’être un expert en tout. Parfois, les éditeurs qui cherchent activement des manuscrits « dans n’importe quel genre » dissimulent même des établissements à compte d’auteur…

Comment définir ce que l’on écrit ?

Une fois la ligne éditoriale de l’éditeur identifiée, encore faut-il déterminer si votre manuscrit s’y inscrit. Cela peut s’avérer plus difficile qu’il n’y paraît, car de nombreux auteurs ont du mal à définir ce qu’ils écrivent. Tout d’abord, parce qu’ils manquent de recul par rapport à leurs écrits et peuvent confondre leurs intentions avec le résultat. En effet, ce n’est pas parce que vous avez voulu être incroyablement profond et subtil, voire philosophique, que votre manuscrit l’est nécessairement.

Ensuite, nombreux sont les auteurs qui écrivent « pour eux-mêmes » et ont une connaissance extrêmement superficielle du marché et du monde extérieur. Cela ne signifie pas toujours que ce sont des auteurs qui ne lisent pas, mais, en tout cas, qu’ils ne lisent pas suffisamment ce qui sort en ce moment. Or, si vous voulez en faire partie, vous allez devoir vous y intéresser. Plus vous aurez une idée précise de ce que représentent les genres et repères actuels pour les lecteurs, mieux vous pourrez situer vos propres écrits à l’aide de ces mots-clefs.

J’ai reçu énormément de manuscrits d’auteurs qui n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était la « romance », mais aussi d’auteurs qui, tout en ayant pris la peine d’en lire la définition que je donne sur le site, n’avaient manifestement pas jugé pertinent de s’informer plus loin. Grave erreur ! Si vous connaissez mal un genre, comment pouvez-vous savoir si ce que vous avez écrit n’a pas déjà été publié mille fois, si cela se publie toujours, si vous êtes à la hauteur de ce que les lecteurs achètent et attendent ? Bien sûr, c’est ultimement l’éditeur qui vous donnera son opinion là-dessus, mais il y a un juste milieu à trouver entre n’avoir pas la plus petite idée de rien, et détenir le verdict final sur votre propre manuscrit.

En somme, lisez, éduquez-vous sur ce qui s’édite (pas uniquement ce qui est à la mode), voire faites lire votre manuscrit par de grands lecteurs, qui connaissent bien le genre dans lequel vous prétendez vous inscrire.

Comment savoir si cet éditeur est ce que vous cherchez ?

Vous pouvez également faire d’une pierre deux coups en lisant ce que publie l’éditeur que vous visez. Vous aurez ainsi un meilleur sens de sa ligne éditoriale, tout en pouvant la comparer à ce que vous écrivez. Est-ce bien ce à quoi vous vous attendiez ? Votre manuscrit semble-t-il correspondre à l’esprit de la maison ?

Cela a juste une limite : il est possible qu’un éditeur, surtout s’il est nouveau (ou si la filiale ou collection est nouvelle), cherche à étendre sa ligne éditoriale au-delà de ce qu’il a publié jusque-là. C’est par exemple la situation des Éditions Laska vis-à-vis de la romance érotique. Nous y sommes ouverts depuis le lancement de la maison, mais n’en avons encore jamais édité, faute d’avoir reçu des manuscrits publiables dans ce genre. Conclure de notre catalogue actuel que nous ne publions pas d’érotique serait donc une erreur.

Au-delà de la question de la ligne éditoriale, essayer quelques titres de l’éditeur a néanmoins d’autres intérêts. Déjà, si vous n’avez jamais acheté aucun de ses livres par le passé, demandez-vous pourquoi. Est-ce parce que vous trouvez son catalogue peu attractif ? Vous donne-t-il une impression d’amateurisme ? Avez-vous de la difficulté à trouver ou commander ses titres chez votre libraire ? Trouvez-vous les prix pratiqués trop chers ? Songez que, si jamais vous êtes édité-e par cet éditeur, vos réserves seront celles des autres lecteurs vis-à-vis de votre livre. Au contraire, tout ce que vous appréciez chez cet éditeur sera vraisemblablement apprécié par vos futurs lecteurs.

Enfin, les éditeurs ne donnent pas toujours publiquement autant d’informations que les Éditions Laska sur le contenu de leurs contrats. Dans ce cas (et même dans le cas de Laska), vous pouvez essayer de contacter en privé des auteurs déjà édités là. Eux sauront vous dire mieux que n’importe qui comment se passe le processus d’édition, ce qu’ils apprécient chez leur éditeur, ce qu’ils apprécient moins, les conditions qui leur sont faites, etc.

Conclusion :

Petite checklist pour vous aider à choisir un éditeur :

1) Assurez-vous qu’il s’agisse bel et bien d’un éditeur à compte d’éditeur. Il ne vous demande aucun investissement financier prépublication, à aucun moment, pas même pour des options ou pour un traitement préférentiel. (Je précise « prépublication », parce que l’autopromotion peut vous occasionner des dépenses personnelles.)
2) Essayez de déterminer le niveau d’expertise de l’éditeur. A-t-il déjà édité d’autres manuscrits dans le genre du vôtre ? Semble-t-il familier du marché ? Les titres qu’il a publiés dans ce genre ont-ils trouvé leur public ?
3) Peut-il vous annoncer des chiffres de vente, et ceux-ci sont-ils conformes à vos espérances ? (Si un éditeur peut vous annoncer des chiffres de vente, il peut également vous payer une avance… surtout en papier, où les délais sont très longs entre la signature du contrat et le versement des premiers droits d’auteur. N’hésitez pas à négocier une avance, même si c’est votre premier contrat, car un éditeur ne signe pas un auteur, même débutant, s’il ne s’attend pas à un profit.)
4) Par qui sont effectuées la correction et la présentation (couverture etc.) du texte ? L’éditeur dispose-t-il d’un vrai distributeur-diffuseur qui assurera que votre livre soit disponible chez la majorité des revendeurs du pays ? Avez-vous déjà eu l’occasion d’acheter des livres de cet éditeur ?
5) Lisez bien votre contrat, et faites le compte de ce que vous cédez d’un côté, et ce que vous gagnez de l’autre. Cédez-vous vos droits d’auteur pour la durée légale du droit d’auteur (vie de l’auteur + 50 ou 70 ans, selon la législation) ou bien pour une durée limitée ?
6) S’il s’agit d’édition papier, la hauteur du premier tirage permet-elle d’espérer un chiffre de vente satisfaisant ? Quelle est la hauteur des droits d’auteur ? Pouvez-vous espérer être édité-e dans plusieurs formats, plusieurs langues, plusieurs pays, ou obtenir des droits d’adaptation ?

À part pour le point 1), il n’y a pas à priori de bonne ou de mauvaise réponse ; le choix vous appartient. Vous devez trouver l’éditeur qui vous correspond le mieux, et pas celui qui correspond à tel autre auteur qui se permet de généraliser sa situation. Être édité par un gros éditeur connu, c’est bien, mais : les chiffres du tirage et de l’avance vous permettent-ils de déduire que vous allez vendre beaucoup pour autant ? Et le papier, c’est certes un plus gros marché, mais : votre manuscrit est-il assez mainstream pour être accepté par un éditeur papier ? Toutes ces considérations peuvent entrer en ligne de compte lorsque vous choisissez les éditeurs à contacter.

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