Éditeurs contre les DRM

Éditeurs contre les DRM

L’illustration désormais célèbre de Nina Paley a été déclinée sous trois formes en anglais : « Librarians Against DRM » (Bibliothécaires contre les DRM), « Readers Against DRM » (Lecteurs contre les DRM) et « Authors Against DRM » (Auteurs contre les DRM). C’est surtout le second slogan qui a été repris en français, avec le même visuel. Mais dans l’une comme dans l’autre langue, on a peu vu celui des éditeurs contre les DRM !

Tout d’abord, un rappel de ce qu’est le DRM, ou Digital Rights Management : il s’agit d’un ensemble de technologiespayantes, implantées par des fabricants, des distributeurs ou encore des détenteurs de droits sur des produits numériques, et dont le but est de contrôler et de restreindre l’utilisation de ceux-ci. Les DRM ne sont pas utilisés uniquement sur les ebooks, mais aussi sur les films, la musique, les jeux, les téléphones, et même les ordinateurs eux-mêmes… Il s’agit donc d’une problématique générale à la vie moderne et aux nouvelles technologies, et non spécifique à la lecture numérique.

L’argument derrière les DRM est simple : comme il est à la fois facile, immédiat et gratuit de copier et de distribuer des données numériques, on craint l’essor du piratage, qui ferait soi-disant perdre de l’argent à tous les acteurs de la chaîne de la musique, du cinéma, du livre, etc. Or ce raisonnement se fonde sur une conception erronée du piratage, en plus d’y offrir une solution très inadéquate.

En effet, il est impossible d’estimer réellement la « perte » financière liée au piratage, puisque ce dernier comporte aussi un aspect non négligeable de partage et de découverte, qui n’aurait vraisemblablement pas lieu dans un contexte tout-payant. On le voit avec les ebooks : le gratuit reste un moyen de publicité puissant… Si tel livre n’avait pas été disponible gratuitement, on peine à croire qu’autant de lecteurs l’auraient acheté ; beaucoup se seraient simplement passés de le lire. Les statistiques, du reste, sont formelles : ce sont les plus gros vendeurs qui sont aussi les plus piratés. On tente parfois de nous effrayer à l’aide de chiffres qui nous paraissent énormes, mais ce qu’on oublie de nous dire, c’est que les chiffres représentant les ventes et les profits de ces mêmes produits « victimes » du piratage sont encore plus énormes… De plus, beaucoup de « pirates » sont en réalité ouverts à soutenir les artistes qu’ils aiment ; seulement, cela n’est pas toujours permis : prix prohibitifs, inaccessibilité dans certains pays, mauvaises versions… En diabolisant les pirates, les fabricants et distributeurs légaux évitent commodément de devoir remettre en question la qualité de leurs propres services !

Un dernier faux préjugé sur les pirates est, bien sûr, que des verrous technologiques tels que les DRM pourront les arrêter. Il s’avère en réalité qu’il est tout à fait possible de les détruire dès qu’on s’y connaît un peu ; sauf qu’en attendant, le consommateur les a payés dans le prix du produit qui en porte, et s’il ou elle n’est ni pirate, ni « geek », elle va aussi devoir les souffrir… (Les DRM se trompent donc complètement de cible.)

Prenons l’exemple des ebooks, ou livres numériques. Si vous avez acheté un livre avec DRM, vous pourrez uniquement le lire, et cela uniquement sur un support spécifique. Si vous changez de support ou que vous en avez plusieurs, ceux-ci ne pourront pas le lire (ce qui est particulièrement problématique lorsque les technologies et les supports évoluent par ailleurs si vite). Vous ne pourrez prêter ce livre à absolument personne, pas même à votre meilleure amie ou à votre sœur, pas même pour tenter de les convaincre d’acheter le livre elles-mêmes. Vous ne pourrez pas le convertir dans un autre format ; bref, vous serez bien embêtée.

Il faut enfin rappeler qu’avec ou sans DRM, la distribution non autorisée de matériel protégé par des droits d’auteur reste formellement illégale. Les DRM, loin de réaffirmer ce principe ou de le faire mieux respecter, généralisent simplement le soupçon d’illégalité à l’ensemble des acheteurs, empiétant par là sur une autre loi qui, elle, permet le partage et la diffusion d’une œuvre légalement acquise dans un cadre familial et privé.

  • Parce qu’avant d’être éditrice, je suis aussi lectrice et consommatrice,
  • Parce que les DRM défavorisent d’abord les moins à l’aise avec l’informatique,
  • Parce que mon but est de satisfaire les lecteurs, et non de les culpabiliser,
  • Parce que les lecteurs de tout acabit sont la raison d’être et la source de tous les profits des éditeurs,
  • Parce que l’importance de l’art, de la culture, de la littérature et même du divertissement dépasse les préoccupations marchandes et financières,
  • Parce que je ne suis pas la seule éditrice à penser tout cela,

Il est temps de diffuser plus largement le logo des ÉDITEURS CONTRE LES DRM !

J’invite tous les lecteurs et lectrices à boycotter les ouvrages numériques publiés avec DRM, et à soutenir les éditeurs qui, comme moi, ont fait le choix du respect du client et proposent leurs livres sans DRM.

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