Entretien avec Anne Rossi

Entretien avec Anne Rossi

Aujourd’hui, nous accueillons Anne Rossi pour notre première interview interactive : pendant une semaine, vous avez pu envoyer vos propres questions à l’auteure ! Nous pensons procéder systématiquement ainsi désormais, alors surveillez le forum Autres événements pour les futures annonces d’entretiens.

Emilie Milon : Tu publies dans des genres très différents, avec de la romance hétérosexuelle autant qu’homosexuelle, pour des adultes ou des enfants… Comment fais-tu pour ne pas t’emmêler les pinceaux tout en te renouvelant ?
AR : Pour les enfants, c’est facile : j’écris d’abord pour les miens. Le plus souvent, ce sont des histoires que je leur ai racontées à l’oral, puis que j’ai modifiées suivant leurs remarques, leurs suggestions… C’est donc une sorte de « jeu » familial avec un rapport très différent à l’écriture.
Pour les adultes, le fil rouge est toujours la romance. Cette fois, j’écris ce que moi, j’aimerais lire en tant que lectrice, et j’ai des goûts assez éclectiques, pourvu qu’on ait une histoire d’amour (qui finit bien) dedans. Chaque histoire est unique, indépendamment de son genre ou du sexe des protagonistes. Quand je travaille sur une histoire, je m’immerge dedans sans penser à celles que j’ai pu écrire auparavant. Je suis de ce fait incapable de travailler sur deux projets à la fois. En revanche, une fois que j’ai fini, j’ai besoin de passer à autre chose, souvent dans un genre très différent.

EM : La mer, et plus spécifiquement la navigation, est au cœur de beaucoup de tes histoires. As-tu déjà embarqué sur un navire ? Ou as-tu fais/aimerais-tu faire des croisières ?
AR : J’aime beaucoup la mer, mais de loin. J’ai été malade à peu près à chaque fois que j’ai pris le bateau et, la seule fois où j’ai pris des cours de voile, j’ai réussi à faire chavirer mon embarcation et perdu mes lunettes au fond de l’eau. C’est beaucoup plus amusant dans mes histoires. Par contre, j’ai eu la chance de visiter le chantier de l’Hermione (http://www.hermione.com), la reconstitution de la frégate de Lafayette, et c’était passionnant. J’ai aussi vu le Wasa à Stockholm (http://www.vasamuseet.se/sv/Sprak/Francais), pour me faire une idée des dimensions et de la vie à bord des vaisseaux de l’époque.

Chronique_petitAmélie Voyard-Venant : On sait combien tu aimes les séries. Comptes-tu en publier de nouvelles chez Laska ? Je pense par exemple à quelque chose de « long » et étalé dans le temps comme Chronique d’un amour fou.
AR : Je dois d’abord terminer celles qui sont en cours, dont Les Yeux de tempête (j’en suis à l’épisode 4 sur 5 de prévus). J’ai aussi sous le coude de la piraterie, de la fantasy et de la contemporaine avec du rock dedans.
Tout ça devrait me mener aux vacances d’été, date à laquelle je pourrai enfin m’intéresser à l’énorme dossier « projets » dans mon ordinateur. Comédie romantique, bit-lit, fantasy, fantastique, historique, on trouve un peu de tout là-dedans, certains à l’état de simples notes, d’autres avec des fiches de personnages complètes, d’autre encore avec de premiers essais de rédaction… En tout, j’ai plus de vingt entrées dans le dossier. (Je veux un retourneur de temps) (et un elfe de maison, tant qu’on y est).

AVV : Je n’ai pas encore lu toutes tes œuvres, loin de là, donc peut-être que ma question y trouve sa réponse, mais… as-tu déjà donné dans le M/M avant Les Yeux de tempête (publié ou non) ? Comptes-tu y retourner après ?
AR : Oui, j’avais déjà écrit plusieurs romans M/M il y a fort longtemps (du coup, j’ai regardé dans mes archives : j’en compte huit et le double de nouvelles), mais ils sont trop mauvais pour que j’envisage un jour leur parution. J’ai une série M/M qui doit paraître ce printemps chez un autre éditeur, sous le titre En plein cœur et dans le genre urban fantasy. Pour la suite, il y en a un certain nombre qui traînent dans le dossier « projets », on verra quand il sera temps de plonger dedans…

YeuxTempete_petitAVV : Est-ce que tu avais déjà l’idée de faire une suite lorsque tu as commencé à écrire Les Yeux de Tempête ? Est-ce que l’histoire t’es venue tout de suite ou est-ce que ça a changé après la publication/au fur et à mesure de l’écriture ?
AR : Le premier épisode était censé être un stand-alone, puisqu’il répondait à un appel à nouvelles sur le thème des pirates. Mais je me suis attachée aux personnages et j’ai eu envie de donner une suite à leurs aventures. Jeanne m’a donné son feu vert et c’est ainsi que nous sommes repartis pour d’autres épisodes. Ceux-ci peuvent se lire de façon indépendante, un peu à la façon des séries policières où l’on retrouve les personnages pour une nouvelle enquête à chaque livre.

AVV : Tu publies beaucoup (pour notre plus grand bonheur !). Est-ce que ce sont des choses que tu écris récemment et publies au fur et à mesure, ou est-ce que tu as des textes dans tes tiroirs qui ne sortent que maintenant ?
AR : Jusqu’à l’année dernière, j’avais un certain nombre de textes écrits depuis longtemps et envoyés après dépoussiérage. (C’est vrai surtout pour la jeunesse : en fait, ça fait un bout de temps que je n’en écris plus du tout, mais avec le jeu des délais de réponse et de parution, les romans paraissent en même temps que la romance, pour laquelle je suis sur de nouveaux projets). À partir de 2014, on sera uniquement sur du neuf !

AVV : Les Yeux de tempête s’est très bien vendu. Est-ce que tu t’y attendais plus ou moins (du fait que tu quand même déjà un petit peu connue, ou parce que le genre est accrocheur, ou même parce que tu avais confiance en ton texte, après tout il y a de quoi) ou est-ce une surprise totale ?
AR : Honnêtement, je n’en avais aucune idée. Je sais qu’il existe un public pour le M/M, il n’y a qu’à voir ce qui fonctionne en fanfiction. Les éditeurs de manga s’en sont rendus compte relativement récemment et, si j’en crois le nombre de titres qui paraissent chaque mois, ça marche bien ! En revanche, dans le cadre d’une maison d’édition de romance généraliste (donc, non spécialisée dans le genre M/M), c’était un peu l’inconnu (même si le sous-genre existe chez nos cousins anglophones depuis longtemps) (je vous ai déjà parlé du tome 11 de La Confrérie de la dague noire ?). Par ailleurs, je ne savais pas si les lecteurs qui avaient aimé mes autres œuvres allaient suivre sur celle-ci. Donc, c’était plutôt une bonne surprise.

AVV : Est-ce que tu as des petits trucs pour booster la productivité ?
AR : J’écris tous les soirs, entre deux et quatre heures. Je ne regarde pas la télévision, je ne joue pas aux jeux vidéos, je n’ai pas d’activités le soir et je dors peu. Le modèle n’est pas forcément exportable…

AVV : Qu’est-ce qui t’attire le plus dans la romance ?
AR : C’est une littérature par essence riche en émotions, qui met au premier plan les relations entre les personnages. Par ailleurs, en ouvrant un livre de romance, on sait en principe qu’on va passer un bon moment et que tout va bien se terminer. Pour moi, c’est de la littérature bonne humeur (et avec tous les trucs pas drôles qui arrivent dans le monde, on a bien besoin de ça).

Jeanne Corvellec : Pour revenir sur le sujet du M/M. Comment expliques-tu que ce genre de littérature soit majoritairement écrit par des femmes ? Toi-même, qu’est-ce qui t’attire là-dedans ? Par rapport à la romance hétéro, trouves-tu que c’est davantage un défi à écrire ?
AR : Oui et non, pour les femmes. Il existe aussi ce qu’on appelle la littérature gay dans laquelle, cette fois, les auteurs sont majoritairement des hommes. Pour avoir lu les deux, je trouve la littérature gay plus orientée sur les relations physiques (il manque le côté fleur bleue, à mon goût) (ou alors je ne suis pas tombée sur les bons…). Celle écrite par les femmes est plus axée sur les sentiments, en général. Je pense qu’il y a dedans une bonne part de fantasme, la lectrice se trouvant alors dans une position de voyeuse et non d’identification.
Pour ma part, ce que je trouve intéressant, c’est le côté « amour interdit » (sauf univers de fantasy ou de science-fiction, l’homosexualité n’est pas encore vraiment acceptée partout, il n’y a qu’à voir les récents événements en France pour s’en convaincre). Pour la difficulté à écrire, c’est le même problème qu’en romance hétéro, trouver la balance entre ce qui relève du rêve ou du fantasme et la nécessité de rester un minimum réaliste.

JC : Concernant Ioen et Guillaume, qu’est-ce qui t’intéresse dans le fait de reprendre les mêmes personnages sur plusieurs épisodes ? Peux-tu nous esquisser ce qui est prévu pour eux ?
AR : Cela me permet de développer leurs personnalités. On aussi une histoire qui va au-delà de la mise en couple, qui est souvent l’enjeu dans la romance (et après, ils vivent heureux à tout jamais, fin de l’histoire). Là, on voit que, même officiellement en couple (plus ou moins, vu l’époque, ils ne peuvent pas trop s’afficher non plus — et ça leur pose un certain nombre de problèmes), tout n’est pas rose bonbon pour autant : l’amour n’exclut pas les frictions…
Dans les épisodes suivants, ils vont beaucoup voyager : la Nouvelle-Orléans pour l’épisode 2, la Guyane française pour l’épisode 3, l’Inde pour l’épisode 4 et enfin l’Australie pour l’épisode 5. En gros, ils sont partis pour le tour du monde, et ça ne va pas être de tout repos ! L’aventure prime toujours dans les épisodes (là je suis en train d’écrire le 4 et, après avoir failli être mangés par un tigre, ils se retrouvent dans une version locale du temple maudit — toujours à cause de Guillaume, d’ailleurs), mais leur relation évolue également, avec l’arrivée de nouveaux personnages.

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4 commentaires
  1. Chouette, merci pour tes réponses Anne 🙂 Rappelle-moi de ne jamais embarquer avec toi alors ^^

  2. Merci Anne pour toutes ces réponses !! Ah, le retourneur de temps, ce serait tellement pratique… et je te rejoins complètement sur la littérature bonne humeur, c’est important !!

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