Entretien avec Ivy Clark

Entretien avec Ivy Clark

Qui est l’auteure qui se cache derrière la dernière série paranormale des Éditions Laska, Les Loups de Huntsville, ainsi que sa première parution en romance F/F, La Princesse et le Dragon ? J’ai voulu en savoir plus sur Ivy Clark, et elle s’est gracieusement prêtée au jeu de l’entretien.

Jeanne Corvellec : Nous t’avons découverte avec Les Loups de Huntsville. Qu’est-ce qui t’attire dans le paranormal et, plus spécifiquement, dans les loups-garous ?
Ivy Clark :
Je suis de la génération Buffy contre les vampires, je suis tombée dedans étant petite et la série a conditionné à tout jamais mon imaginaire. J’ai du mal à sortir du symbolisme et du merveilleux.
Mes premiers amours vont au vampire : l’éros, le thanatos, le sang, les pouvoirs, le héros alchimique par excellence. C’est le côté sombre et mystique de l’adolescente éternelle que je suis qui s’exprime.
À la base, je n’étais pas fan des histoires de lycanthropes, les poils, la hiérarchie, le virilisme et la bestialité, beurk, ça me paraissait binaire, comme figure. Deux choses m’ont menée à écrire une série avec des loups-garous : je voulais écrire des histoires où mes personnages mangeaient de la nourriture et avaient le sang chaud, ça me manquait. Aussi, je voulais relever le défi de faire évoluer dans ce genre d’univers des personnages qui interrogent la domination masculine et la loi du plus fort qui règne au sein d’une meute. Et puis, qu’est-ce que la force ? C’était une occasion de sortir un peu des clichés bit-lit, car j’ai l’impression que c’est une littérature qui pourrait être plus critique, moins conformiste.

LoupsEp2_petitJC : Cinq épisodes sont prévus dans la série. Va-t-on continuer à suivre Annabelle en priorité, ou bien les autres membres de la meute auront-ils aussi leur propre histoire?
IC :
Un autre défi que je me suis imposé : chaque épisode va suivre un personnage. L’idée de base est de pouvoir voir les choses à travers des yeux différents. Chaque membre de la meute est important, chaque personnage détient une part de vérité. Ils ont chacun leurs priorités et leurs secrets. Et donc ils vont tous avoir une part active dans ce qui va se jouer au niveau global.
Maintenant, il faut deviner qui est le cinquième personnage qui intègre la meute. Pour ceux qui suivent, il n’y en a que quatre, pour l’instant.

JC : L’un contre l’autre paraîtra demain, le 21 janvier. Peux-tu nous parler un peu de ce qui nous attend dans ce deuxième épisode ?
IC :
Dans cet épisode, on suit Zac. Et ce n’est pas une mince affaire, étant donné qu’il n’aime pas se dévoiler. Avec Annabelle, ils forment une sorte de binôme explosif. Il y a une grande menace extérieure qui se profile. Je crois que mes lectrices vont être encore frustrées…

JC : Tu es aussi l’auteure d’une romance F/F, La Princesse et le Dragon. Les romances entre deux femmes sont encore peu représentées dans le paysage littéraire; qu’est-ce qui t’a donné envie d’en écrire?
PrincesseDragon_petitIC :
Des amis ont eu le malheur de me faire des compliments. Apparemment, je décris bien les émotions et ils m’ont confié avoir été émoustillés en lisant des passages érotiques. Je me suis demandé si la romance n’était pas mon genre de prédilection. Donc j’en ai écrit et j’ai pris moi aussi beaucoup de plaisir. Seulement, ce n’est pas un genre facile à produire. J’ai écrit La Princesse et le Dragon à une période où je fantasmais sur une personne (réelle !) qui se rapprochait de Carla. Donc, je me suis dit : pourquoi pas une romance lesbienne ? Finalement, je suis tombée amoureuse de Juliette.

JC : Comment expliques-tu que la romance F/F soit encore aussi marginale, alors que la romance M/M prend finalement son essor ? Crois-tu que l’on peut espérer une trajectoire similaire pour la F/F ?
IC :
La place de la romance F/F en littérature est la même qu’on donne aux lesbiennes dans tous les autres espaces : quasi-nulle, un tabouret dans un coin de la pièce avec une faible luminosité, et si on peut mettre un rideau devant, c’est parfait.
Je vous mets au défi de trouver un bar lesbien et de comptabiliser les bars gay dans une grande ville. Les hommes ont plus de pouvoir, plus d’argent, donc le privilège d’être mieux représentés, dans tous les espaces.
J’imagine que la littérature numérique change les choses. Les éditeurs sont plus nombreux et prennent moins de risque à éditer des genres « mineurs » ou avec des personnages qui sont moins normés. Aussi, les auteurs ont plus de facilité à diffuser leurs œuvres. Ce que je trouve dommage, c’est qu’on tombe dans la littérature « spécialisée » ou « alternative ». Ce qui en dit long sur ce qui est considéré comme « normal ».
Est-ce l’offre ou la demande de romance F/F qui fait défaut ? Je me demande aussi pourquoi une lectrice lambda hétéro préfèrerait une romance gay à une romance lesbienne ? J’ai plein de questions comme ça, sans réponse.

JC : Pour toi, y a-t-il des enjeux spécifiques à la romance F/F par rapport à la romance hétéro?
IC :
La diversité est importante. Elle est dans la nature, mais pas assez dans la culture, et sûrement pas dans les catalogues des grandes maisons d’édition. Ce manque, à mon sens, nous empêche d’appréhender le réel. Nous sommes conditionnés par toute cette culture qui peut véhiculer toutes sortes de fausses idées, de préjugés, de clichés et qui ne correspond pas à notre expérience quotidienne.
On invisibilise une grande partie de la population par habitude, par confort et paresse intellectuelle. Si je suis une ado qui aime les filles et que je ne suis représentée nulle part (télévision, littérature, etc), je fais comment pour me construire ? Si je suis noire et qu’absolument toutes les héroïnes connues sont blanches, pareil. On ne se rend pas compte à quel point notre vision du monde peut être étriquée.

JC : Par ailleurs, tu autoédites d’autres de tes écrits. Pourquoi ce choix d’édition mixte?
IC :
J’avais besoin d’abandonner ma première œuvre, de m’en débarrasser. Sinon, je n’aurais jamais pu produire autre chose. J’aurais passé ma vie à corriger ce roman. Donc au lieu de l’oublier sur mon ordinateur, j’ai préféré le diffuser sans intermédiaire.

Les trois premiers épisodes de la série Les Loups de Huntsville, ainsi que la nouvelle La Princesse et le Dragon, sont d’ores et déjà disponibles chez votre libraire en ligne.

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