Entretien avec Suzanne Roy

Entretien avec Suzanne Roy

JC : Bonjour Suzanne ! Dans la vie, tu es prof de multimédia au Cégep. Peux-tu m’expliquer plus précisément en quoi consiste ta matière ? Et pour les Européens qui nous liraient, qu’est-ce que le Cégep ?
SR : Le CEGEP, c’est l’équivalent du lycée en France, et mon travail consiste à montrer la base des logiciels courants en design et arts numériques (Photoshop, Dreamweaver, Flash, InDesign, un peu de 3D, un peu de vidéo). C’est un préuniversitaire, mais je considère qu’ils ont une formation très poussée vu le nombre de cours qu’ils ont pour le peu d’heures que j’ai avec eux. J’adore mon travail et j’ai la chance d’avoir un groupe bien à moi pendant deux ans. C’est pourquoi il n’est pas rare que je conserve des liens avec mes étudiants une fois qu’ils sont à l’université (et même après).

JC : Quand as-tu commencé à écrire, et pourquoi ?
SR : Adolescente, j’écrivais beaucoup. J’aimais imaginer l’histoire de mes amies, plus tard, avec le gars de leur rêve. Puis j’ai fait des études en littérature. J’ai beaucoup lu, peu écrit, considérant que je ne pourrais jamais faire des romans comme ceux qui étaient au programme. J’ai pourtant adoré Kundera, Woolf, Beauvoir, Colette, mais j’étais plus proche de George Sand (à cause de l’amour, évidemment). Après deux mémoires de maîtrise (sur Beauvoir) et un doctorat que j’ai abandonné à la toute fin, j’ai décidé d’arrêter d’étudier. Pendant la folie Twilight, j’ai raconté une histoire « bien meilleure que ça » à mes étudiantes qui m’ont dit : « écris-la ». Au bout de trois mois, trois tomes et 900 pages sont sorties (et mes étudiantes me talonnaient chaque semaine pour avoir la suite). Je crois que l’écriture me manquait plus que je ne le pensais. Après, alors que j’étais certaine de ne plus rien avoir à écrire, je n’ai plus jamais cessé de le faire. Comme quoi, la vie est pleine de surprises !

JC : Combien de manuscrits as-tu terminés à ce jour ?
SR : La question piège ! Des manuscrits terminés, pas beaucoup (je veux dire des corrigés et prêts à l’envoi), mais j’ai treize premiers jets, sauf si on compte le fait que j’ai deux trilogies et une pentalogie. En tout et pour tout, ça fait vingt et un bouquins. Et là, je ne compte pas les cinq qui sont en écriture ou en attente d’inspiration. Ça fait beaucoup, je sais. Quand je disais que je n’ai jamais cessé d’écrire depuis trois ans… ce n’était pas des blagues !

couv_petitJC : Pour le meilleur et pour le pire est ta première publication sous ton nom. Pourtant, avec ta formation et ta facilité d’écriture, tu aurais aisément pu t’auto-publier. Qu’est-ce qui t’a décidée à travailler avec les Éditions Laska ? (Et j’en suis très heureuse !)
SR : Écrire est une chose, publier en est une autre. J’aime écrire, mais je suis moins adepte de la correction. En plus, il y a peu d’endroits qui publient ce que moi, j’écris. D’abord, parce que c’est de la romance, ensuite parce que c’est en français. Les grandes maisons préfèrent souvent traduire les romans anglophones.
Pour ce qui est de l’auto-publication, pour moi, ce n’est pas une solution. Surtout pas dans ce domaine. Je trouve que trop de gens choisissent cette voie sans trop savoir dans quoi ils s’embarquent. Publier en ligne, c’est simple, gratuit et rapide, mais le plus difficile reste quand même de se faire connaître. On peut trouver quelques lecteurs et après ? Qui va relire, corriger, distribuer, faire la publicité du roman ? Plus important encore : il faut que d’autres croient en ton projet. C’est un dur métier que celui d’écrivain, mais c’en est tout un d’être éditeur. En ce domaine, il faut être plusieurs à y croire, c’est mon avis.
Laska est née alors que je venais de terminer un roman. Quand tu as demandé des manuscrits, j’ai relu ce que je venais de terminer, puis je l’ai envoyé, surtout par curiosité. Après t’avoir rencontrée, j’ai vu que nous avions la même vision de la romance et je me suis dit : allez, son projet est super chouette, on embarque !

JC : Pour en revenir à Pour le meilleur et pour le pire, qui paraîtra le 28 février, peux-tu « pitcher » ce roman pour nos futurs lecteurs ?
SR : C’est une histoire un peu différente des autres. Pas de rencontre, pas de jeune fille naïve en attente du Prince Charmant. Ce sont deux personnages pour le moins caractériels qui ont déjà un passé ensemble, mais après un mariage éclair, les deux ont poursuivi leur vie chacun de leur côté. Huit ans après, elle est en couple et lui veut se remarier, elle habite Montréal et refuse de le suivre en Espagne pour lui accorder le divorce… Par principe, il décide de tout faire pour la ramener avec lui, sur le lieu de leurs anciennes amours. Bref, tous les éléments sont là pour les rendre fous (dans tous les sens du terme).
Si vous aimez les chicanes de couple, vous allez bien vous amuser !

JC : D’où t’est venue l’idée de ce roman ?
SR : Je crois que j’ai eu l’idée de départ quand j’étais adolescente (le début, à tout le moins) et que ça m’est revenu en tête l’année dernière. Souvent, on voit des histoires de couple qui se rencontrent, qui apprennent à se connaître pendant toute une partie du roman. Cette fois, je voulais autre chose. Un lien qui existait d’abord et qui mènerait mes personnages à leur perte (dans le bon sens du terme, évidemment).

JC : La majorité de l’histoire se déroule en Espagne, en Catalogne. Pourquoi ce choix ? Est-ce un lieu qui t’est familier ?
SR : J’ai un mari français. Nous sommes allés une fois en Espagne et quelques fois en Catalogne (du côté de la France). J’ai adoré l’endroit et j’aimais imaginer Bruno comme une sorte de taureau qui piaffe du pied et qui voit rouge, un peu machiste sur les bords. L’Espagne lui allait comme un gant. Pour le reste, je me suis promenée sur des tas de banques d’images jusqu’à trouver la ville qui convienne pour le lieu que j’avais en tête.

JC : Ton héroïne, Jennifer Élie, a un caractère bien trempé ! Est-ce qu’elle te ressemble ?
SR : Si je dis oui, je vais passer pour une saleté, tu crois ? Bon, j’avoue que j’ai effectivement un petit tempérament, mais quand même pas à ce point ! Enfin… j’espère !
En fait, Jenny est exactement l’inverse de ce que je déteste des héroïnes de romance traditionnelles : les petites filles innocentes, toujours gentilles, qui attendent le Prince Charmant (et encore, je ne parle pas des stéréotypes basés sur le sexe, alors qu’elles sont pratiquement vierges et n’ont jamais connu l’orgasme). J’essaie à tout prix d’éviter ça. J’aime avoir des filles fortes, qui s’affirment, qui ont un métier et un tempérament bouillant. Ceci dit, j’aime aussi les briser en cours de route et voir comment elles peuvent se dépatouiller devant les obstacles, mais ça… c’est une autre histoire.

JC : Tu es mère depuis seulement quelques mois d’un petit Danaël. Qu’est-ce que cela a changé dans ta vie d’écrivain ? Trouves-tu encore le temps d’écrire ?
SR : Au début, je n’arrivais à rien, à cause de la fatigue, mais aussi de l’adaptation de ce petit être dans la maison. Par contre, depuis quelques semaines, la routine est prise et j’arrive à écrire le matin. Certes, il y a des jours sans (si je n’ai pas suffisamment de sommeil ou que le bébé ne veut pas dormir, tant pis pour moi). Heureusement, pour l’instant, c’est un petit ange !
La différence est dans le temps d’écriture du premier jet. Plus il est long à sortir, plus l’histoire évolue dans ma tête et risque d’être incohérente entre le début et la fin. Ce qui me prenait entre trois et cinq semaines peut en prendre huit, dix ou douze, maintenant. Mais j’écris, alors c’est l’essentiel.

JC : La problématique des enfants, des grossesses accidentelles, voire non désirées est souvent présente dans tes écrits. As-tu l’impression que ton expérience actuelle pourrait changer la façon dont tu abordes ces thèmes, ou bien ta vie et ton imagination restent deux éléments bien distincts ?
SR : Je crois que tout me documente, bien que ma vie et les livres sont deux mondes très différents. Normal que la maternité y passe, surtout en romance. Dans mes écrits, je parle plus souvent de la grossesse que des enfants, car même si j’ai attendu quinze ans avant d’en faire, j’ai encore la sensation que c’est le but recherché par le couple. C’est mon stéréotype à moi, mais il est littéraire, car dans la vie, je ne pense pas qu’un enfant soit l’aboutissement du couple (mais c’est bien chouette, par contre).
Qui sait ? Peut-être que mes futurs couples seront des familles reconstituées ? J’ai quelques idées dans ce sens là, mais rien n’est sûr. Je ne sais jamais ce que je vais écrire avant que je ne m’y mette.

JC : Alors que Pour le meilleur et pour le pire est une romance contemporaine réaliste, tu es aussi l’auteure de la nouvelle En enfer avec toi, qui est arrivée troisième à notre concours de nouvelles 2012 et… qui parle de vampires ! Qu’est-ce qui te plaît dans ce mythe ?
SR : Tout ! Les vampires sont forts et ont tellement de dons (l’hypnose, la vitesse, l’immortalité, etc.), mais j’aime aussi qu’ils aient des contraintes qui forcent les histoires à s’adapter (vivre la nuit, le besoin de sang, etc.). Pour moi, ça reste des monstres plus jolis que d’autres (zombies ? euh… non. Sans façon).
Bien que le vampire soit une créature plus facile à explorer, ce n’est pas la seule qui m’inspire : j’aime écrire du fantastique, encore plus que de la romance contemporaine. J’ai déjà des romans sur tout un tas de trucs surnaturels (télépathes, tigres, loups, anges…). Et même si ça paraît étrange de dire ça, je considère que l’ajout de fantastique me permet d’explorer la nature humaine sous un tout autre point de vue. Un jour, j’en reparlerai ! Promis !

Le premier roman de Suzanne Roy, Pour le meilleur et pour le pire, est disponible chez tous les revendeurs.

4 commentaires
  1. Chaque fois que je lis Suzanne, même lorsque ce n’est pas du fantastique, j’attends un loup ou un vampire quelque part. Ça me manque. 😉

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