Entretien avec Vanessa Terral

Entretien avec Vanessa Terral

Jeanne Corvellec : Tu as déjà plusieurs publications à ton actif. Peux-tu nous raconter ton parcours d’écrivain ?
VT : Eh bien, il ressemble un peu à celui d’un enfant qui aime se promener dans le jardin de ses grands-parents et qui finit par gravir des montagnes. Je racontais déjà des histoires avant de savoir écrire. Au collège, après avoir essuyé plusieurs fois les commentaires d’un professeur qui disaient, en substance : « Rédaction trop longue », j’ai eu le déclic. Je pouvais aussi raconter mes histoires sur papier !
Pour commencer, j’écrivais pour moi ; je n’avais qu’une très vague idée de l’édition. J’ai suivi des cours à la fac, durant deux ans, sous la direction de Pierre Jourde. Puis je me suis intéressée au fanzinat — manga, au début (d’ailleurs, comme on en parle, peut-être avez-vous lu des articles signés « Kenrei » ou « Choupette » dans les revues Ôtaku, Manga Spirit ou Shôjo Mag ?).
Les fanzines de SFFFH (SF, fantasy, fantastique, horreur) m’ont permis de me frotter à mes premiers comités de lecture et corrections éditoriales. De fil en aiguille, j’ai été prise dans des anthologies (HPL 2007, Les Sombres Romantiques, Le Lamento des ombres, Saisons païennes, Chants de totems… jusqu’à Zombies, paru en mai 2014) et quelques webzines, en particulier Le Royaume des fées. Celui-ci a été l’occasion de rencontrer Cécile Guillot, qui m’a proposé de participer à ses premières anthologies.
Un jour de juin 2011, Cécile m’a annoncé que les éditions du Chat noir cherchaient un projet de one-shot. Je leur ai envoyé un synopsis et c’est ainsi que L’Aube de la guerrière est née. Ensuite vint Cinq pas sous terre, sorti dans un premier temps en feuilleton numérique au Petit Caveau. En parallèle de son écriture, je me suis penchée sur la romance… mais ceci est une autre histoire !
En ce moment, je travaille sur un roman de romance fantastique et historique, qui paraîtra chez J’ai lu en 2015 ou 2016.

JC : Pourquoi ou comment as-tu décidé de te mettre à la romance ?
VT : À la base, j’y suis allée timidement. Richard Arlain, un ami, m’a conseillé de suivre les éditions Láska qui étaient en train de se créer. J’ai aimé les histoires que j’y ai découvertes. Deux autres amies, Rhi-Peann du Livre Monde et Célia, m’ont prêté quelques titres et m’ont expliqué les codes.
J’avais déjà essayé de moi-même la romance, plus jeune, mais je n’avais pas accroché. Là, oui ! Tant et si bien que j’ai eu envie d’essayer. L’épisode bonus de mon roman-feuilleton Cinq pas sous terre m’en a fourni l’occasion. Après cela, j’ai écrit une novella, encore inédite. Puis les éditions Láska ont eu la très bonne idée de lancer un AT « romance paranormale », dont vous avez le résultat dans vos liseuses ! 😉

Par_ton_regard_petitJC : Dans Par ton regard, il est question de métamorphe. Comment t’est venue cette idée, et quel était l’enjeu pour toi en imaginant un tel personnage ?
VT : Ça fait quelque temps que je m’intéresse aux berserkir, sans trouver l’espace pour les exploiter dans mes textes. Ici, l’envie s’est conjuguée avec un super reportage sur l’ours paresseux (eh oui, j’adore les reportages animaliers) et bam ! le scénario est apparu.
Pour ce qui est des enjeux à proprement parler, il y a l’aspect écologique, qui a beaucoup d’importance à mes yeux, mais aussi l’occasion d’aborder le thème des enfants « différents » et qui se construisent dans des environnements qui les considèrent comme des monstres. Le cadre était propice pour parler de leurs blessures, du manque de confiance en soi, des préjugés qu’ils lisent dans l’attitude des autres — alors que, parfois, celle-ci n’a rien à voir avec leurs craintes.
Enfin, la thématique des humains habités par des animaux m’interpelle aussi en tant qu’ »étudiante en chamanisme ». Disons que tout ça est connecté. 🙂

JC : Ta nouvelle comprend aussi d’autres thèmes, dont l’écologie et la sauvegarde des espèces animales. Intègres-tu souvent un message sérieux à tes histoires ? Quels sujets te tiennent à cœur ?
VT : Oui, tout à fait. Je trouve que ça apporte une profondeur. J’aime quand un récit a plusieurs niveaux de lecture, ouvre plusieurs pistes — ouvre mon horizon, tout simplement.
Et, ça va paraître mièvre, mais j’écris avec mon cœur, avec mes tripes, et ce qu’il y a d’important pour moi ressort aussitôt. Ça va être le droit de choisir son destin, la défense de l’égalité entre les sexes ou des droits des LGBT, et d’autres fois la protection de la nature. Quand j’y réfléchis, je pense qu’il s’agit de respect, dans son sens le plus libre et le plus sacré, et aussi, au final, d’harmonie. (Ah, j’avais dit que je partais dans mes grandes envolées lyriques !)

JC : Romance ou pas, tu préfères les genres de l’imaginaire. Qu’est-ce qui t’attire là-dedans ?
VT : Mon objectif est de re-mythifier le quotidien, de ramener sur le devant de la scène la trame du « sous-naturel ».
Ceux qui sont venus avant nous nous ont laissé des contes et des légendes en héritage. Je veux les réactiver plutôt que de les laisser prendre la poussière dans le grenier de notre mémoire commune.
Et puis, il y a une part d’inexplicable dans mon intérêt pour le fantastique. Ça me semble plus naturel d’écrire dans ce genre, voilà tout !

JC : Après ton incursion dans la romance paranormale, est-ce que tu envisages d’élargir encore ton domaine d’écriture à d’autres genres/sous-genres ?
VT : Tout à fait ! Il y a mon roman en cours d’écriture : Le Gardien de la source, qui a une composante historique non négligeable (il n’y a qu’à voir la masse de recherches qu’il nécessite !).
Sinon, de façon plus confidentielle, j’œuvre en partenariat avec une amie illustratrice sur un projet jeunesse. Une grande première, là encore !

Merci beaucoup de m’avoir permis de parler de mon travail et de mes inspirations ! Je suis vraiment très heureuse d’avoir la chance d’être publiée aux éditions Láska, que je suis depuis le premier jour, et même avant.
Merci aussi à mes lectrices et à lecteurs, vous qui faites vivre mes récits. J’espère que nous nous retrouverons bientôt !

La nouvelle de Vanessa Terral, Par ton regard, est disponible chez votre libraire en ligne.

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