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Auteur Discussion:Les prix bas : aubaine ou danger ?
Jeanne
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Publier Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 02/01/2014, 16:36
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J'ai découvert il y a quelques semaines cet article sur Dear Author : The hidden costs of the $0.99 ebook (qui date en fait de 2012), que j'ai trouvé très intéressant. Le débat qui continue dans les commentaires l'est également aussi, si vous avez le temps. Notamment, Jane Litte y défend un point de vue un peu différent de Sunita, l'auteure de l'article.

Personnellement, je me sens plus proche de l'avis de Sunita ; je trouve même qu'elle ne va pas assez loin.

Son point de départ, ce sont les prix discounts pratiqués pour les ebooks. À la base, c'est une technique marketing pour se faire remarquer, notamment pratiquée par les autoédités, mais plus de monde la reprend, plus ces prix tendent à se généraliser et à s'imposer comme "la norme" dans le marché numérique. Les lecteurs en viennent à considérer qu'un ebook à plus de 3 $ est trop cher (vu qu'il y a tellement de choix à moins que ça), et les éditeurs traditionnels doivent emboiter le pas pour demeurer compétitifs.

Or ce phénomène a des conséquences : 1) pour pouvoir proposer des ebooks à moins cher, on coupe dans le budget sur tout ce qu'on peut, et notamment sur la sélection et le travail éditorial (d'autant que les lecteurs ont prouvé qu'ils achètent sans problème des livres peu ou mal édités tant que l'histoire les intéresse), 2) pour revenir sur son investissement avec des prix aussi bas, il faut compenser par le volume de ventes, donc on favorise toujours plus les genres mainstream et on laisse tomber les marchés de niche.

À côté de ça, Jane a une position 100 % libérale : chacun est libre de proposer son livre au prix qu'il le souhaite et les lecteurs sont également libres d'acheter des ebooks au prix qu'ils le souhaitent, personne n'est responsable de personne, c'est la loi du marché, l'offre et la demande. Le problème, c'est que cette position sous-entend soit la croyance que le marché s'autorégule pour le bonheur de l'humanité, soit qu'on a complètement abandonné l'idée même d'un quelconque bonheur de l'humanité (y compris d'un mieux/pire).

Sunita s'inquiète que la tendance mène à des ebooks de moindre qualité et à la mort de genres marginaux. Mais son argument reste entièrement subjectif, basé sur le profit ou la perte que l'individu lecteur peut ressentir pour lui-même. Pour ma part, j'ai peur aussi pour l'économie.

Plusieurs intervenants avancent l'argument que le métier d'auteur a toujours été précaire et que les personnes qui s'y adonnent le savent à l'avance (mais en quoi cela est-il une excuse ? suis-je la seule à être complètement insensible à cette logique, surtout vu les chiffres actuels du chômage ?). Sauf que cette compression des prix ne concerne pas que les auteurs, comme on l'a vu, mais toute l'industrie de l'édition. En dehors des auteurs, les livres font surtout vivre un tas de monde qui travaillent là-dedans à temps plein. Sauf que si les prédictions de Sunita s'avèrent, faute d'argent, il y aura de moins en moins de monde dans ce cas, et/ou ils travailleront dans de moins en moins bonnes conditions.

Et à un moment donné, il faut aussi que les gens réalisent que les travailleurs et les acheteurs sont les mêmes personnes. On ne peut pas couper des emplois d'un côté et espérer une hausse de la consommation de l'autre. Il n'y a pas de solution aisée ou évidente, mais il est clair pour moi que, si l'on refuse l'idée de subventions gouvernementales (une chose sur laquelle je suis d'accord avec Jane), alors ce doit être aux lecteurs de prendre en main le problème (si l'on admet qu'il y en a un). Et ça, ce n'est pas gagné...

Désolée pour la tartine ; c'est un sujet assez complexe, qui mériterait d'être discuté et débattu, je pense. Qu'en pensez-vous ? Le marché du livre numérique est-il engagé dans un cercle vicieux, ou bien s'agit-il de prévisions alarmistes ? Comment garantir la pérennité d'une littérature vivante et diverse ? Y a-t-il lieu de responsabiliser les lecteurs, ou bien est-ce à un autre niveau que l'on devrait chercher des solutions ?

Mon blog : Romanceville, où les histoires d’amour finissent bien

Kira
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Publier Re: Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 02/01/2014, 17:11
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Je dirais que ça dépend de ce que tu vends à 0,99 centimes d'euro. Ce n'est pas pareil s'il s'agit d'une nouvelle ou d'un roman. Et encore, certains trouvent qu'une nouvelle à 0.99 centimes, c'est déjà trop cher, voir [urlhttp://forum-numerique.actualitte.com/discussions-generales/suis-je-prete-a-mettre-1e-pour-une-nouvelle-de-lt30-pages/]cette discussion[/url].
Sur un forum que je suis, les auteurs disaient que le prix le plus mauvais était 1,99 dollars (aussi en raison de ce que Amazon te prend dessus, corrige-moi si je me trompe, mais il me semble que les plate-formes numériques elles aussi pratiquent un pourcentage différent selon le prix de vente ?)
Est-ce que ce n'est pas aussi un alignement sur les prix de la musique, où le 0,99 centimes par titre s'est imposé depuis longtemps ? (et là aussi, il y a eu des débats, à l'époque, comme sur le fait de vendre les albums au titre et pas en totalité).

Richard-
Arlain
... beaucoup
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Publier Re: Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 04/01/2014, 06:52
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Il me semble qu'il faut aussi prendre en compte la notion de valeur perçue. C'est-à-dire qu'en mettant un roman ou une nouvelle à bas prix, l'éditeur suggère que ce roman ou cette nouvelle a une faible valeur ; d'une certaine façon l'éditeur se manque de respect.

Il y a une différence entre un prix bas, une bonne affaire, et un prix cassé qui suggère que l'éditeur est désespéré - parce qu'il ne croit pas lui-même que son roman est bon, donc il essaie de le fourguer à n'importe quel prix. Et à vue d’œil la frontière entre les deux est à 2.99.

Un coup d’œil dans le Top 100 des ventes Kindle France "Littérature Sentimentale" montre très peu de romans à moins de 2.99. Beaucoup de prix sont proches de 3 euros. Les exceptions sont des cas très particuliers (50 nuances). Il semble que des prix entre 3 et 5 euros sont le standard pour une romance numérique. Je n'ai été voir que la catégorie "littérature sentimentale" de l'unique distributeur Amazon France, donc ce n'est pas représentatif du livre numérique dans l'ensemble, mais je pense quand même qu'il existe un plancher en-dessous duquel un livre numérique semble dévalué et désespéré.

Ce qui me met plutôt d'accord avec Jane que Sunita, du coup. Je pense que les lectrices se méfient des prix trop bas, pas par conscience sociale mais simplement parce qu'ils suggèrent de la mauvaise qualité, un produit si peu attractif que son prix est son dernier et unique argument. Le Top 100 des ventes "Littérature Sentimentale", en tout cas, va dans ce sens : le marché se rééquilibre bien.

(par contre le Top 100 sur toutes les catégories est beaucoup plus contrasté. Il semble qu'il existe de très fortes disparités de prix acceptés selon les genres, et pour me démentir, on trouve quelques livres en-dessous d'un euros dans ce top 100... mais l'un est l'intégrale de Sherlock Holmes, l'argument du manque de valeur perçu ne s'applique évidemment pas)

Edit : ma théorie de la frontière de 2.99 ne s'applique bien sûr qu'aux romans, pas aux nouvelles.

SuzanneRoy
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Publier Re: Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 04/01/2014, 12:28
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Pour ma part, quand j'ai vu que les éditions calepins lançaient leur premier ebook à 1.99 ou 2.99 (je ne sais plus, c'est dire), je me suis jetée dessus pour découvrir le genre de la maison. Et je suis sûre qu'il ça eu du succès, cette offre. Ok, je m'avance. Qui sait, au fond? Ils n'en ont pas parlés. J'ai même acheté leur 2e ebook au prix normal, qui n'était pas excessif non plus. Je n'ai pas l'impression d'acheter de la mauvaise littérature selon le prix, mais il ne faut pas chercher loin pour comprendre que plus je paye cher, moins j'achète de livres (un moment donné, le budget...)

La vérité, c'est qu'en haut de 2.99, je n’achèterais pas. Pourquoi? Parce qu'il y a assez de livres à ce prix-là pour remplir ma liseuse. Oh, bien sûr, si un livre me fait furieusement envie, peut-être que je vais me laisser tenter, mais j'oserais dire... que c'est rare. Vraiment rare. Ça m'est arrivé chez Milady et finalement, quand il y a eu la razzia à 0.99, je l'ai pris.

Je vois aussi que la nouvelle collection de Bragelonne en primo-numérique va de 0.99 pour des épisodes, à 4.99 pour des romans. Pas plus haut. Considérant que c'est gros, comme maison, je considère ça comme un indicateur. On verra si ça fonctionne. Mais là, on peut bien dire qu'il s'agit d'une grande maison, qu'ils ont déjà un lectorat établi, etc. etc. Bref... on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres.

J'ai vendu beaucoup d'un truc à 1.99, on m'a dit que c'était sous-évalué (mais on a acheté), l'aurait-on fait à 2.99. J'ai sorti la suite 2.99, les gens me connaissaient davantage, ils ont achetés aussi. Les étoiles, amazon, les commentaires ont probablement joués en ma faveur, aussi.

Il n'y a pas de recette miracle, il n'y a que des avis. Les gens achètent, hourra. Les gens n'achètent pas, c'est triste. Voilà quoi. De toute façon, le but d'être publié, c'est de se dire que c'est à l'éditeur de prendre cette décision. On peut être d'accord ou non, mais dans les faits, mon opinion importe peu.

On peut toujours dire que je parle d'un cas isolé, mais je connais des gratuits qui n'ont pas été téléchargés aussi. Des exemples, il y en a pour tout. Des exceptions aussi.

Bref...

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Jeanne
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Publier Re: Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 06/02/2014, 20:59
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Anne : En général, on parle de romans (en tout cas, les romans sont clairement inclus dans le problème et concernés par les prix cités).

Et en passant par un distributeur comme Immatériel, toutes les plateformes prennent le même pourcentage pour tous les prix. Lorsqu'on s'autoédite directement via chaque plateforme, les plus connues font effectivement des marges différenciées.

Richard : Tu mets indirectement le doigt sur quelque chose d'important que j'ai négligé dans mon post initial, à savoir la grosse différence qui persiste entre les marchés anglophones et français/francophone. En fait, on peut se poser la question de la pertinence du débat pour nous. Est-ce que notre marché va évoluer pour ressembler au leur (auquel cas, c'est totalement pertinent de s'y préparer), ou bien va-t-il rester différent ou, du moins, suivre une évolution distincte ?

Actuellement, les ebooks en français restent chers, selon moi. Tu parles de 2,99 euros pour un roman (ce qui est déjà plutôt cheap), mais ce qu'on voit beaucoup, c'est 2,99 euros pour des nouvelles (telles que je les considère chez Laska, donc plus "short story" que "novella"), ou des parties de romans qui font l'équivalent d'une nouvelle. Dans le top 100. Donc ça marche. Le problème n'est pas juste "les méchants éditeurs qui mettent des prix trop hauts" (comme on l'entendait beaucoup au tout début du numérique), mais aussi les lecteurs francophones, qui ne semblent pas très sensibles aux prix.

Est-ce que ça veut dire qu'ils mordent à l'hameçon du "si c'est cher, c'est que ça doit être bon" ? Je n'arrive pas à le croire. Ça ne cadre pas selon moi avec les titres plébiscités (ni chez Laska, ni chez les autres). J'ai plus l'impression d'un "si ça me tente, je l'achèterai quel que soit le prix" (donc tant mieux si c'est pas cher, mais tant pis si c'est plus cher).

Alors, bon, peut-être qu'on n'a pas (et qu'on n'aura pas, croisons les doigts) ce problème chez nous.

Après tout, même en papier, je suis sidérée par la masse de livres qui ne sortent qu'en édition à 15-20 euros. Peut-être que c'est une différence de culture : si vous voulez lire, raquez.

Mon blog : Romanceville, où les histoires d’amour finissent bien

Chloe F.
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Publier Re: Les prix bas : aubaine ou danger ?
le: 07/02/2014, 07:01
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Qu'à 15-20 euros ? Hier, en librairie, j'ai vu un roman tout à fait banal qui coûtait 25€. Vingt-cinq euros simplement parce qu'il prend plus de place sur l'étagère, et qu'il est imprimé en gros caractères. Ça, c'est de la stratégie éditoriale...

Là où, pour moi, le bât blesse, c'est quand un livre en édition papier coûte 20€, et que son jumeau numérique coûte 16€. Pour moi, c'est bien trop, je veux bien soutenir la création littéraire, mais 16€, c'est une demie semaine de courses chez moi, alors avant de dépenser autant, je réfléchis.

Pour autant, je ne suis pas persuadée que ce soit une excellente idée de proposer des romans à moins de 3€. Il y a toujours cette idée de corrélation entre prix et qualité, et en plus, je trouve ça dangereux de faire croire qu'on peut produire des romans pour un coût aussi dérisoire. La création a un prix, pour pouvoir écrire tranquillement des histoires de qualité, l'auteur a besoin d'un toit, d'un frigo plein, d'un minimum de confort matériel, et ce n'est pas en vendant ses œuvres au rabais que cela pourra arriver.

Je trouve donc que l'édition numérique, c'est l'occasion de couper la poire en deux, pour contenter tout le monde : des romans moitié moins chers par rapport à l'édition papier, mais qui rapporteront davantage à l'auteur et l'éditeur, qui peuvent ensuite s'investir dans la création de nouveaux romans. Pour un roman numérique, je serais prête à monter jusqu'à 9 €, prix psychologique.

Depuis que je lis en numérique, je fais aussi quelque chose de pas forcément très net : quand les best-sellers sont trop chers pour moi à leur sortie et qu'ils ne sont pas à la bibliothèque, je les télécharge illégalement pour les lire tout de suite, et dès que les prix baissent et que je peux me le permettre, je les achète en version papier. Je tiens une liste des titres en question. J'aime toujours autant posséder les livres, les feuilleter, et c'est comme ça que je me constitue de belles collections et intégrales d'auteurs. Paradoxalement, depuis que je fais ça, je dépense au moins deux fois plus d'argent pour l'achat de livres (mais j'achète également du numérique dont les prix sont honnêtes)donc on peut dire qu'au final, c'est une pratique qui booste les ventes.

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