Le NaNoWriMo, version sans bouée…

Le NaNoWriMo, version sans bouée…

L’année 2013 est passée très vite : nous voilà déjà en novembre. Qui dit novembre, dans le petit monde de beaucoup d’auteurs, dit NaNoWriMo… c’est donc de cette « petite » bête que nous allons parler lors de deux articles, rédigé par deux auteurs Láska.

J’ouvre le bal pour vous présenter le pourquoi du comment de ce mois de folie et parler de mon expérience personnelle à ce sujet.

Nano-quoi ?

Le National Novel Writing Month, dit NaNoWriMo, ou NaNo pour faire (encore) plus court, est un challenge qui se répète tous les ans depuis 1999. Le principe est simple : les participants ont un mois, du 1er novembre minuit au 30 novembre 23 h 59, pour écrire 50 000 mots. Ce qui revient à environ 1667 mots par jour. La récompense ? Aucune, si ce n’est un diplôme et, surtout, la fierté d’avoir réussi (50K mots, c’est environ 175 pages Word en Times New Roman avec interligne double).

La première itération de ce défi a réuni 21 auteurs dans la région de Los Angeles, sous l’égide de Chris Batty, créateur du challenge. Quatorze ans et un site Internet plus tard, le compteur indique 291 516 romanciers du monde entier (la « région » française en compte 5 193, Montreal 2 862). Le NaNoWriMo s’est également diversifié, avec la création d’un défi pour jeunes auteurs en coopération avec des classes entières, ainsi que d’un CampNaNoWriMo, soit une version personnalisée du challenge qui a lieu deux fois chaque année, pendant l’été.

Mais revenons au challenge principal.

L’idée de Chris Batty en créant le NaNo était que beaucoup d’entre nous écrivains (en herbe ou non, publiés ou non), passons beaucoup de temps à réfléchir aux textes que nous allons écrire… tellement de temps, en fait, qu’il n’est pas rare que nous ne les écrivions jamais. Le NaNoWriMo se veut une opportunité pour coucher enfin ces mots sur le papier. L’objectif principal y est la quantité et non la qualité, ce qui peut aider à débloquer l’inspiration.

En effet, il n’y a qu’une seule chose à faire pour gagner : atteindre les 50 000 mots (et les valider, en collant son texte sur le compteur officiel) avant la date limite. Ce que vous écrivez et à quel rythme vous le faites, c’est à vous de le décider. Pas de thème donné, pas de contrainte (les 50K eux-mêmes sont purement arbitraires, vous pouvez très bien décider d’arrêter avant, ou au contraire d’en écrire 100… ou plus !!). Personne ne vient sur votre épaule regarder ce que vous faites. Votre personnage principal possède quatre prénoms que vous utilisez systématiquement les uns à la suite des autres ? Il rencontre un Anglais et le dialogue qui suit est noté deux fois, parce que nécessairement traduit ? Vous préférez « elle fit le tour de » à « elle contourna le » ? Aucun problème ! Au contraire, vous préférez y mettre le temps afin de pouvoir conserver la grande majorité de ce premier jet lors de la correction (si vous décidez de le corriger un jour) ? Aucun problème !

Et c’est là la clé ultime du NaNoWriMo : la liberté. Il y a autant de manières de faire le challenge que de Nanoteurs/Wrimos (selon comment vous vous appelez, là aussi c’est libre). Certains finissent en 3 jours, d’autres en 30, certains commencent le 21 novembre et explosent les statistiques en une semaine…

D’où l’intérêt de publier deux articles ici, d’ailleurs… chacun a des attentes et une vision différente. Celle qui va être exposée ci-dessous est la mienne (généralisée un petit peu pour qu’on soit plusieurs à s’y retrouver), posée sur une non-préparation presque assumée de l’événement. La semaine prochaine, un second auteur mystère (il faut bien entretenir le suspense !) vous parlera organisation !

Le NaNo sans bouée

Il y a deux types de Nanoteurs (bon, en fait, si vous avez suivi, il y en a beaucoup plus que ça, hein, c’est juste une expression) :

  •  ceLLEux qui préparent ;
  • ceLLEux qui ne préparent pas.

Je suis du type qui se dit chaque année qu’elle va préparer mais, finalement, ne prépare pas. La preuve que ce n’est pas signe d’échec : sur six NaNos (sans compter celui-ci), j’en ai gagné quatre. Et je compte bien terminer celui-ci (pour les curieux : j’en suis à 18 305 mots et non, je ne compterai pas cet article dedans même si c’est tentant).

Comment faire dans ce cas ?

1. Avoir une idée… ou pas

Pour écrire un roman, ou un texte, la base, c’est de savoir de quoi ça va parler. La majeure partie du temps, je trouve mon idée avant de commencer le NaNo. Je la garde dans un coin de ma tête, je l’arrose, je la nourris d’engrais et j’en prends bien soin jusqu’à l’arrivée du 1er novembre tant attendu. Cette période de « cocon » peut durer 11 mois… ou à peine trois jours.

Parfois, je vais chérir une idée pendant une bonne partie de l’année pour l’abandonner le 31 octobre au profit d’une autre que je viens d’avoir (coucou NaNo 2011 !).

Parfois, je garde cette idée même si elle n’est pas très développée et je me lance la peur dans le ventre (coucou NaNo 2012 qui a cumulé à 65K mots !).

Parfois, je sais exactement où je veux aller, ou je le découvre très tôt en novembre (coucou NaNos 2007 et 2009 !).

Et parfois, je n’ai pas d’idées.

2. Trouver des astuces

Sur le forum du NaNo français, il y a un topic où seuls les fous et les imprudents se rendent. On l’appelle… le Club des Sans Filets. S’y rejoignent ceLLEux qui partent véritablement d’une page blanche. Et qui ont bien l’intention de s’amuser en chemin.

Que faire quand on n’a pas d’idée, ou quand on est bloqué ? Plusieurs possibilités à utiliser et combiner.

  • Faire un tour à l’Adoption Society sur le forum du NaNo : personnages, titres, citations, histoires entières, vous avez de grande chance d’y trouver votre compte. Un petit merci à l’auteur qui abandonne ainsi ses propres idées, et vous êtes prêts à partir.
  • Relever un ou plusieurs défis : placer le mot « ornithorynque », tuer un personnage à coup de pelle, faire arriver un livreur de pizza (oui oui, même si vos persos sont en plein Sahara)… il y a toujours, TOUJOURS des défis à relever. Certains sont lancés avant même novembre, et vous pouvez planifier votre réponse. D’autres vous seront donnés juste avant une Word War (défi sur Twitter ou les chats où les participants écrivent le plus possible durant un laps de temps donné) afin d’obtenir un « bonus ». Autant de façons de pimenter votre récit et de le faire partir vers des contrées inattendues.
  • Toujours sur les forums, regarder les divers topics, notamment les « reference desk » où chacun expose ses spécialités (certains sont incollables sur la Révolution Française, d’autres sauront vous dire exactement comment récolter des champignons, d’autres encore vous permettront de décrire avec précision les symptômes de la rage chez les caniches…). Vous y trouverez peut-être l’inspiration.
  • Vous laisser porter. Les Word Wars sont l’idéal pour ça (à condition que vous aimiez écrire sous pression), ou encore le fameux instrument de torture Write or Die. Juste… fermez les yeux (ou pas, il faut quand même voir le clavier ou votre calepin selon les cas) et écrivez ce qui vient.

Il y a sans doute d’autres trucs et astuces. En plein NaNo, faire une pause peut être essentiel. Ou alors se bourrer de café.

Pour la petite anecdote, j’ai écrit mon NaNo 2010 sans filet ou presque. Le titre, « Cricket is no excuse for ignorance », avait été trouvé grâce à la fonction « page aléatoire » de Wikiquotes. J’ai accepté de nombreux défis et me suis BEAUCOUP laissée porter, ce qui a donné des situations quelque peu loufoques. Je me suis ainsi retrouvée avec :

  • une compteuse de mouton professionnelle ;
  • un personnage principal fenêtre-o-phobe ;
  • un personnage mort (mais actif, juste mort) répondant au nom de Doornail (les anglophones comprendront…) ;
  • des démons condamnés à des Travaux d’Intérêt Général…

Le tout est impubliable, mais je me suis énormément amusée à l’écrire, et c’était tout ce que je voulais cette année là.

Toutes ces astuces peuvent également fonctionner si vous n’êtes coincés que ponctuellement, bien entendu. Là encore, la clé est de faire votre NaNo comme vous le sentez.

3. Prévoir du café (ou du thé) et du chocolat

Cela est également valable lorsque vous avez préparé votre NaNo. Disons que si Write or Die est le bâton, il n’est pas négligeable d’avoir une carotte… chocolat, épisode de série, part de gâteau, bouffée d’air frais : écrivez 100, 500, 1000 mots et vous vous accordez cette récompense.

De quoi vous motiver.

Attention cependant en ce qui concerne les épisodes de série : certains peuvent vous donner une forte envie de voir la suite et vous amener à négliger votre manuscrit ! (oui, c’est du vécu)

4. Vous laisser porter

J’en ai déjà parlé à propos des astuces, mais je le répète ici tout simplement parce que c’est quelque chose que je fais souvent. Mains sur le clavier, j’écris ce qui me vient en tête, je ne réfléchis pas ou à peine. C’est mon inconscient qui parle, ou mon subconscient, ou ce que vous voulez. Lâcher prise n’est pas toujours facile. Parfois, mon histoire m’échappe… ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Quand on maîtrise bien ses personnages (lesquels sont toujours nombreux dans mes écrits), ils finissent souvent par nous emmener. L’histoire s’écrit, pour ainsi dire, toute seule, portée par ceux qui la peuplent. Vous pouvez décider d’aller à contre-courant pour ramener le texte dans les marges plus ou moins prévues… ou pas. L’année dernière, aux environs des 15K, un personnage secondaire a refusé de se laisser tuer. Je me suis donc retrouvée avec une espèce de zombie qui ne mourrait jamais, peu importe les efforts de ma petite troupe. Ce rebondissement que je n’avais pas prévu m’a aidée à porter mon histoire un peu plus loin. Quant au pseudo-zombie devenu nemesis, elle s’est finalement laissée achever juste à temps pour franchir les 50K.

Une dernière variante : suivre vos instincts. Notez ces idées géniales qui vous viennent au milieu de la nuit (en novembre, dormez avec un calepin) ou pendant que vous faites la vaisselle (oui, c’est du vécu) et utilisez-les. Parfois, ça suffira à vous débloquer…

Et après ?

Après le NaNo, vous vous reposez. Ou pas.

Votre texte ? Peut-être que vous y reviendrez plus tard. Peut-être que vous le retravaillerez un mois, un an, cinq ans après. Peut-être que vous le ferez lire à votre famille. Peut-être même que vous le soumettrez à une maison d’édition.

Ou peut-être qu’il restera au fond d’un tiroir ou sur le bureau de votre ordinateur, destiné à n’être jamais lu.

L’important, c’est que vous vous soyez amuséE… et que vous en ayez retiré ce que vous cherchiez.

Sur ce… bon NaNo !

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