Les Yeux de tempête

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Auteur : Anne Rossi

Série : Les Yeux de tempête (premier épisode)
Genre : Romance M/M, Romance historique, Pirates
Longueur : Nouvelle (11 000 mots)
Sensualité : Doux

Ioen Le Hir, corsaire de son état et capitaine de la Salicorne, doit prendre à bord le fils de son armateur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’idée de jouer les gouvernantes ne l’enchante guère ! Mais il n’avait pas imaginé le pire : que son irritation se change en trouble lorsqu’il découvre le jeune homme blond en question…

Contraint d’embarquer dans une expédition censée « faire de lui un homme », Guillaume Guyader ne se trouve cependant pas à plaindre. Au moins, prendre le large lui permettra d’oublier le destin tout tracé qui l’attend sur la terre ferme, ainsi que le secret qui le pousse à fuir. Quoique… rien n’est moins sûr depuis qu’il a croisé la tempête dans les yeux de son nouveau capitaine.

Guillaume suivit le mousse avec réticence le long de la passerelle. Son mouvement de balancier lui donnait le vertige. Il serra les dents, le regard rivé à la chevelure rousse du gamin. Pas question de montrer le moindre signe de faiblesse. Avant son départ, son père avait pris plaisir à lui décrire par le menu la vie à bord d’un bateau corsaire. Une succursale de l’enfer, à l’en croire, dirigée par un homme qui n’avait rien à envier au diable. Un seul faux pas et la traversée se transformerait en cauchemar. Guillaume inspira à fond en posant le pied sur le pont du navire. Soudain, une main nerveuse le saisit au collet et il se trouva face à un regard couleur de ciel d’orage.

« Écoutez-moi bien, monsieur Guyader, parce que je ne le répéterai qu’une fois. Vous venez peut-être d’une famille très haut placée, mais pour des raisons qui ne regardent que lui, votre père a estimé qu’un séjour à bord de mon navire vous serait profitable. Ici, je suis le seul maître à bord après Dieu, et voici les règles : petit un, la naissance et la fortune personnelle de mes hommes ne m’intéressent pas, uniquement leurs talents de marins. Petit deux, on ne discute aucun de mes ordres. Petit trois, quand je dis qu’on appareille à l’aube, tout le monde est à bord avant l’aube. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Guillaume avala sa salive. En temps ordinaire, son premier réflexe aurait été d’enfoncer son poing dans le visage de son interlocuteur. L’arête rectiligne du nez se briserait avec facilité… Il se souvint à temps des raisons pour lesquelles ce parvenu se permettait de lui parler sur ce ton. Il s’humecta les lèvres avant de répondre, sans baisser les yeux :

« Parfaitement bien. »

L’autre le lâcha si vite qu’il faillit perdre l’équilibre. Il se raccrocha à l’épaule du mousse, qui n’avait rien perdu de la conversation, son visage étroit exprimant une curiosité malsaine.

« Dans ce cas, vous pouvez aller prendre vos quartiers… Tomaz, montre donc à notre nouvelle recrue où s’installer. Les autres, parés à la manœuvre, nous appareillons ! »

Un concert de murmures accompagna Guillaume alors qu’il se dirigeait vers l’échelle de coupée. Il sentit ses oreilles chauffer mais conserva le menton haut. Sûr que pour ce gibier de potence qui constituait l’équipage des corsaires, voir ravaler un fils de bonne famille devait constituer un plaisant spectacle. Il avait tout intérêt à surveiller ses arrières. Le contact du couteau contre sa hanche le rassura un peu. Il savait se battre. N’avait-il pas passé sa vie entière à le faire ? Sa petite taille trompait souvent des adversaires désireux de s’offrir le portrait de l’héritier. Néanmoins, ceux-ci appartenaient en général à la bourgeoisie. Les bagarres de tavernes étaient une toute autre paire de manches. Il soupira intérieurement. Si seulement il n’avait pas écouté cette andouille de Jacques ! Sans parler des domestiques rapporteurs… Son amant éphémère avait peut-être un beau cul, mais autant de cervelle qu’un poulet.

« Posez vos affaires dans votre hamac, m’sieur », indiqua Tomaz.

Un entrelacs de fils oscillait devant lui tandis que les premières manœuvres ébranlaient la carcasse du navire. Guillaume se demanda s’il arriverait à dormir là-dedans. Sans doute pas. Si le mal de mer le laissait en paix, les ronflements et l’odeur de ses voisins se chargeraient de le rendre malade. Bon sang, son père aurait au moins pu exiger qu’il dispose de sa propre cabine ! Le mousse interrompit ses pensées :

« Tardez pas à remonter ! Le cap’taine n’aime pas les tire-au-flanc.

— J’avais cru remarquer, oui », grogna Guillaume.

Même si l’intéressé avait de fort beaux yeux. Guillaume s’était figuré un ogre barbu, il se retrouvait face à un homme pas beaucoup plus âgé que lui. Pour en arriver là, il avait dû venir à bout d’un certain nombre de concurrents, d’embûches et de préjugés ; la vie n’offrait pas de cadeaux à ceux nés dans la fange. Guillaume renifla. Allons, pour ce qu’il en savait, ce type était un monstre. Il n’allait pas commencer à l’admirer. Il ferait mieux de se tenir en alerte contre ceux qui ne manqueraient pas de vouloir lui faire payer sa naissance.

« … cette nouvelle est réellement excellente ! Je l’ai lue hier soir et je m’incline bas devant le talent de conteuse de l’auteure ! Maintenant, j’ai très très hâte à son prochain !!! » – Chloé Duval

« Une superbe romance sous fond de piraterie et de désir interdit… Les personnages comme toujours sonnent juste et c’est un plaisir de lire cette histoire… » – Jess Swann

« Une romance magnifique avec tout ce qu’il faut de combat et de virilité, à lire et relire sans modération ! » – Flobookolic

11 commentaires
  1. Une nouvelle qui se lit très vite, sans pour autant paraître trop courte, encore moins bâclée. Une histoire parfaitement réussie… vivement la prochaine !

  2. C’était très plaisant, j’ai passé un bon moment.
    J’attends donc la prochaine nouvelle.

  3. Moi qui n’y connais rien en pirates, j’y serais bien restée. Arg les nouvelles, toujours trop courtes quand on s’y plaît !
    Mais le talent d’Anne est plus que reconnu. Hâte d’être au(x) prochain(s) !

  4. J’ai vraiment énormément apprécié cette nouvelle! un grand moment de détente et de plaisir!

  5. à ma grande surprise, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle…n’étant pas fan des relations homos, j’ai commencé à lire cette histoire par curiosité, et le seul défaut que j’y vois, c’est qu’elle est trop courte !
    j’ai apprécié que ioen et guillaume acceptent tous les deux leur orientation sans honte, même si vu l’époque ils étaient obligés de se cacher, et on voit bien la montée du désir d’abord, de l’amour et de la tendresse ensuite, sans qu’ils perdent leur virilité, et j’aurais bien voulu en savoir plus sur le couple guillaume-ioen après la salicorne. où sont-ils allés ? qu’ont-ils fait ? etc etc.
    bref j’attends la prochaine oeuvre d’anne rossi avec impatience.

  6. Très chouette récit, j’ai beaucoup aimé à la fois l’évocation de la vie sur le bateau et le développement de la relation Ioen – Guillaume. Bien dosée et développée, un vrai régal ! Mon seul regret, c’est qu’effectivement je reste sur ma faim : à quand une suite? 😉

  7. J’ai passé un bon moment de lecture. Les héros sont attachants, le récit défile sans qu’on voie le temps passer… Et déjà la fin arrive!
    Merci à Anne pour cet instant de détente. 🙂

  8. Une superbe romance sous fond de piraterie et de désir interdit… Les personnages comme toujours sonnent juste et c’est un plaisir de lire cette histoire, même si connaissant l’auteure depuis longtemps, je ne peux m’empêcher de penser qu’une version longue aurait été encore plus savoureuse…

    Les plus : la relation entre Ioen et Guillaume, le côté épique de l’histoire et la beauté de leur histoire

    Les moins : la fin , elle est très belle mais j’aurais préféré qu’elle ne soit pas autant pleine de renoncement

    En bref : Une superbe romance boys love sous fond de corsaire

    Ma note : 7,5/10

  9. Bon ben j’ai beaucoup aimé ! Une très bonne plume. Un style affirmé. Une très bonne gestion du rythme malgré (comme, jusqu’ici, les autres nouvelles que j’ai lues) un scénario comportant trop de scènes et de rebondissements pour une simple nouvelle : ça aurait mérité d’être développé en roman, je pense. Pourtant, Anne Rossi parvient, par je ne sais quel tour de passe-passe, à faire que, malgré cette enchaînement de scènes assez soutenu, le tout passe très bien.
    Quant à la romance en elle-même, j’ai adoré les personnages non stéréotypés. Il y a quelques éléments, pour moi, un peu clichés à certains moments et j’aurais peut-être aimé une fin plus « happy end », mais j’ai surtout vraiment bien adhéré à la relation entre Ioen et Guillaume.
    Mon seul regret : ça aurait pu faire un roman que j’aurais adoré, si développé plus longuement, je pense. Mais j’attends avec impatience la suite. 🙂

  10. Je ne suis qu’á moitié fan de l’historique en tant que genre, parce que j’ai souvent l’impression que l’auteur veut me faire avaler tout un tas de termes techniques et de connaissances sur la période, ce dont je n’ai pas forcément ici.

    Et bien ici, ce n’est pas du tout le cas ! Le contexte est bien développé et exploité, mais il n’y a pas cette sensation d’étalage de savoir qui m’agace parfois un peu dans le genre.
    Au contraire, on se laisse totalement happer par l’intrigue et les personnages, et la piraterie fournit un excellent contexte pour expliquer les difficultés que les personnages ont á se déclarer l’un á l’autre… Ils prennent quand même un sacré risque !

    Bref, une lecture très agréable, même si, comme Valéry, vu le nombre de rebondissements je pense que ca aurait pu faire un histoire un peu plus longue qu’une simple nouvelle… 🙂

  11. J’ai beaucoup aimé, avec le même bémol que les autres : le texte aurait pu être plus long…

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