M/M ou F/F vs gai ou lesbien : suite

M/M ou F/F vs gai ou lesbien : suite

Dans un article précédent, j’avais esquissé la définition de la romance M/M ou F/F, et évoqué d’où venaient ces appellation. Aujourd’hui, cette explication me semble bien trop basique, voire caricaturale.

En opposant d’un côté la fiction gaie et lesbienne, qui tiendrait compte de l’expérience homosexuelle et du contexte socio-politique, et de l’autre, le M/M ou F/F où, à l’instar de la porno, deux femmes peuvent coucher ensemble pour le plaisir d’un public majoritairement masculin avant de retourner dans leur routine hétéro, il est difficile de ne pas trouver l’un supérieur à l’autre… Or ce qu’il m’est apparu récemment, c’est qu’en se contentant d’être purement descriptifs, en évitant les étiquettes, le M/M et le F/F ont eux aussi un sens politique.

En effet, la vraie différence entre M/M et gai, et F/F et lesbien, n’est pas le degré de superficialité ou de réalisme, ni même d’érotisme. Elle consiste en ce que toute relation érotique entre deux hommes n’est pas gaie par définition, et toute relation érotique entre deux femmes n’est pas forcément lesbienne non plus. Le monde ne se divise pas seulement entre homos et hétéros. Est-ce que je pense aux bisexuels ? Oui, notamment.

Les bisexuels n’ont pas la vie facile ; les homosexuels ne les aiment pas toujours plus que les hétérosexuels. C’est simple : la plupart des gens ne reconnaissent pas cette orientation sexuelle. Il s’agirait pour eux de personnes en transition d’une sexualité à l’autre, qui n’arrivent pas à s’assumer comme homosexuels, qui n’ont pas le courage de choisir, quand on ne les accuse pas de vouloir injustement doubler la population de leurs partenaires potentiels (il est vrai que nous, femmes hétérosexuelles, sommes prêtes à coucher avec tout porteur des chromosomes XY, aucune autre condition requise ; ça doit être pareil pour eux… évidemment, je blague : chacun a ses goûts et ses standards, qu’on aime un ou deux sexes).

Quand une personne bisexuelle s’engage dans une relation stable, on a également tendance à en conclure à tort qu’elle s’est rangée à l’hétérosexualité ou à l’homosexualité, selon le sexe du partenaire en question. D’un autre côté, on la soupçonne de ne pas pouvoir s’engager à vie, parce que l’autre sexe lui manquerait trop (tout à fait logique quand on pense que nous, femmes hétérosexuelles, ne pouvons pas non plus nous engager à vie, parce que les relations sexuelles avec les autres hommes nous manqueraient trop… attendez, on me dit dans l’oreillette que tout n’est pas une question de sexe dans la vie, et qu’être potentiellement attiré-e par plusieurs personnes ou sexes ne signifie pas qu’on doive continuer à les enchaîner jusqu’à la fin de nos jours).

Pour l’anecdote, cette réflexion m’est venue il y a quelques semaines, en regardant la célèbre série Buffy the Vampire Slayer. Désolée de le « spoiler » à celles et ceux qui n’auraient pas dépassé la saison 3 : au milieu de la série, Willow, la meilleure amie de Buffy, devient lesbienne. Devient lesbienne ? Parce qu’on peut devenir homo ou hétéro ? Eh bien, c’est ce que la série semble nous dire (c’est presque aussi incroyable que l’arrivée soudaine de la sœur de Buffy, sauf que pour le coup, on n’a pas le droit à une explication convaincante).

Peut-être que les auteurs de la série ont pensé adroitement spinner cela en « elle réalise qu’elle est lesbienne ». Là ou le bât blesse, c’est qu’avant de réaliser son homosexualité dans les bras d’une fille, Willow avait eu une relation de plusieurs années, physique et tout, avec… un garçon. C’était même la relation romantique la plus équilibrée et épanouie de toute la série, à ce stade. Et juste comme ça, pouf ! En fait, je m’étais trompée, j’aime les filles.

Récapitulons : Willow a eu une seule relation avec un garçon, et une seule relation avec une fille. Dans mon univers, c’est 1-1, match nul. Bien sûr, Willow pourrait revendiquer qu’elle se sent lesbienne, et cela serait une explication suffisante. Sauf qu’à aucun moment, elle ne se pose de question concernant ce qu’elle se sent en termes d’orientation sexuelle générale. Tout le monde, elle y compris, prend pour acquis, dès qu’elle tombe amoureuse d’une fille, que ça y est, elle est lesbienne, 100 %, plus aucun doute permis. Pourquoi n’y a-t-il jamais la moindre place faite à la possibilité même qu’elle soit bisexuelle (ou « pansexuelle ») ? Parce que dans la tête des gens, F/F = lesbiennes, un point, c’est tout ?

(Cela dit, j’aime beaucoup Buffy the Vampire Slayer. Notamment parce que cette série soulève des questions très intéressantes sur certains aspects de la vie, et la façon dont ils sont traités dans la fiction.)

On peut tomber amoureux d’une personne du même sexe sans être homosexuel. Parce qu’on est bi… ou bien pansexuel. Ce terme a été créé pour désigner les personnes qui ne considèrent pas aimer « les femmes et les hommes », mais seulement des individus particuliers, dont le sexe et le genre leur importe peu. Un ou une pansexuel-le peut donc ainsi tomber amoureux d’un homme ou d’une femme, mais cela ne fait pas partie des raisons pour lesquelles il ou elle aura été choisi-e.

Ainsi, des personnes bisexuelles ou pansexuelles peuvent souhaiter lire ou écrire des romances M/M ou F/F qui se distinguent de la littérature gaie ou lesbienne, car ils ne se reconnaissent ni dans les enjeux, ni les représentations du désir présentées dans la littérature homosexuelle. Cela serait particulièrement vrai pour les femmes et la romance F/F ; en effet, s’il y a plus d’hommes que de femmes qui se disent homosexuels, celles-ci s’identifient en revanche plus souvent comme bisexuelles que les hommes.

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