Pourquoi je me suis débarrassée des collections

Depuis quelques semaines, j’ai entrepris un re-design complet du site (pas encore tout à fait achevé à l’heure actuelle). Vous aurez remarqué qu’on ne peut plus chercher les titres « par collection ». La prochaine étape, c’est que la mention des collections disparaisse aussi des couvertures.

Des auteures ont salué la nouvelle organisation, qui permettait enfin de faire appartenir certains titres hybrides à plusieurs genres : L’Ijiraq, par exemple, est à la fois une romance historique et paranormale ; Les Yeux de tempête, une romance M/M et historique ; Going Wild, une romance M/M et paranormale. Je pourrais continuer la liste, et cela ne pointerait que davantage dans la direction du problème que je compte régler en faisant définitivement disparaître la notion de « collection » des Éditions Laska.

Début 2012, lorsque j’ai créé la maison d’édition, j’étais ce qu’on pourrait appeler un « bébé-éditeur » (cela n’est pas un terme flatteur, et je l’assume). J’ai décidé de créer des collections, parce que c’est une chose que l’on fait volontiers chez les éditeurs francophones, et que la romance m’y paraissait particulièrement adaptée. Pourtant, la romance a été créée par les anglophones, et il n’existe en anglais aucun équivalent du terme « collection ». Il existe chez eux des imprints, mais ceux-ci représentent davantage une division administrative au sein d’un grand groupe (on trouve la traduction « filiale » pour ce terme), ou alors, en romance uniquement, ce qu’on appelle des « lignes », « séries » ou « catégories ». C’est cela, à l’origine, que je comptais reproduire en lançant nos collections chez Laska.

Mais, il y a un mois, j’ai assisté à un atelier orienté business de l’auteure Deborah Cooke, et ses descriptions méthodiques de la romance dite « single title » vs la romance dite « category » m’ont refait réfléchir à mes propres choix. J’ai déjà évoqué ces deux types de publications qui, je le répète, sont spécifiques à la romance, dans mon article 10 Mythes sur la romance… démolis ! #2 Revoici, pour les besoins du sujet d’aujourd’hui, leurs caractéristiques principales :

Single Title Romance

Des couvertures typiques en « single title » : le nom de l’auteur est l’information principale.

Des couvertures typiques en « single title » : le nom de l’auteur est l’information principale.

La romance dite « single title » est apparue dans les années 90, et doit son nom au fait qu’elle se distinguait de la romance sérielle qui se publiait alors. Si ça ne fait pas partie d’une série, alors c’est un titre seul, indépendant. Concrètement, cependant, la romance single title peut tout à fait faire partie d’une série, mais pas au sens de « collection » : une série de deux, trois ou cinq livres spécifiques à l’auteur, et qui sont liés par leur intrigue. (Au contraire, les titres de romance sérielle n’ont généralement aucun rapport les uns avec les autres au niveau de l’intrigue. Je sais, ça prête drôlement à confusion.)

Spécificités de la publication en single title :

  • Les romances sont des romans assez substantiels, 90 000 à 110 000 mots en moyenne.
  • Chaque contrat est négocié à part, avec un tirage, une avance et un budget promotion calculés pour le titre en question, selon son potentiel de vente perçu. L’auteur est donc généralement assisté d’un agent littéraire qui mène les négociations en son nom.
  • Les titres peuvent faire l’objet d’un nouveau tirage si le premier est épuisé : chaque titre suit sa dynamique de vente individuelle.
  • Parce qu’ils ne sont pas markétés dans le cadre d’une collection, on peut mettre en avant les spécificités propres de chaque roman (à la fois sur la couverture et dans une éventuelle démarche de promotion).
  • Parce qu’ils ne sont pas markétés dans le cadre d’une collection, c’est sur la « voix » de l’auteur que va s’appuyer le marketing : cette voix doit donc être forte et reconnaissable.
  • Puisque c’est la voix de l’auteur qui porte le marketing, c’est son nom qui va apparaître en plus gros sur la couverture.
  • Puisque le nom de l’auteur devient un facteur de vente, on s’attend à ce que l’auteur joue le jeu de l’auto-promotion, avec au minimum un site web à son nom et une Newsletter, par exemple.

 

Category Romance

La romance dite « sérielle » est la romance originelle et, même si elle ne constitue aujourd’hui qu’une minorité du marché, continue à représenter le genre dans la tête de nombreuses personnes qui n’en lisent pas. La romance sérielle n’est plus aujourd’hui publiée que par un seul éditeur, et se caractérise par l’attribution à chaque titre d’un numéro de série dans une collection donnée.

Spécificités de la publication en category :

  • Ce sont des romans plus courts, 50 000 à 85 000 mots selon les collections. Une fois imprimés, les titres d’une même collection doivent faire exactement la même longueur, à la page près.
  • L’éditeur propose un contrat identique pour tous les titres d’une collection, ce qui ne laisse place à aucune négociation, mais permet à l’auteur de se passer d’un agent. (Ces contrats incluent également d’office les modalités de la vente à l’étranger à travers les filiales de l’éditeur, alors que ces revenus additionnels ne sont pas garantis en single title, où il se négocient au cas par cas.)
  • Tous les titres d’une collection sont tirés et distribués à l’identique : chaque mois, le revendeur reçoit son carton, toujours de la même taille et composé de la même manière. C’est ce qui permet à des vendeurs non-traditionnels, qui n’ont pas forcément d’expertise en vente de livres (pharmacies, grandes surfaces), de proposer ces romans à leurs clients.
  • Chaque titre doit correspondre aux exigences de la collection, parfois très strictes et précises, par exemple du choix du métier du héros au nombre de scènes hot autorisées ou recommandées.
  • Parce qu’ils sont markétés selon leur appartenance à une collection, et non à l’œuvre d’un auteur particulier, la voix de l’auteur ne peut pas se distinguer. Tous les titres doivent être écrits dans le même ton et style.
  • Puisque c’est la collection qui porte le marketing, c’est elle qui est l’information principale relayée par la couverture, le nom de l’auteur étant généralement écrit tout petit.
  • Puisque le nom et le style de l’auteur n’est pas un facteur de vente, on n’attend de l’auteur aucune sorte d’auto-promotion.

Est-ce que vous visualisez ? Les romances publiées par Laska correspondent à quel type de publication, selon vous ? Si vous répondez « un mélange des deux », vous n’aurez pas complètement tort, puisque c’est effectivement un peu ce que je faisais jusqu’à présent : au niveau formel, je m’efforçais de correspondre au modèle de la romance sérielle, alors que le vrai contenu de nos publications correspondait au modèle du single title.

Un exemple de « branding » en single title. Lauteur se spécialise dans un genre et style afin de développer une « marque » fiable pour les lecteurs.

Un exemple de « branding » en single title. L’auteur se spécialise dans un genre et un style afin de développer une « marque » fiable pour les lecteurs.

Presque la moitié de nos titres entrent dans plusieurs genres à la fois ; chaque auteur a son style bien particulier, et le lien entre plusieurs titres d’une même collection était souvent plus ténu qu’entre les titres de tel auteur, s’inscrivant pourtant dans des collections différentes. Je m’aperçois que vouloir markéter les titres publiés jusqu’à présent d’après leur genre dominant et/ou le nom de Laska, plutôt que d’après des caractéristiques plus individuelles, plus uniques, était sans doute une fausse bonne idée.

En effet, pour markéter efficacement sur la base d’une collection, il faut pouvoir construire une identité de collection très forte. Or, si les livres qu’on cherche à y faire entrer ne se ressemblent pas suffisamment, et risquent en fait de ne pas tous plaire aux mêmes personnes, c’est raté !

Peut-être d’ailleurs l’avons-nous ressenti, inconsciemment, lorsqu’il a été question de définir la maquette des couvertures : si je tenais à ce qu’y figurent le nom des Éditions Laska et une référence à la collection (la couleur, en l’occurrence), nous avons fini par opter pour une solution assez discrète, qui pourrait s’adapter à plusieurs styles différents…

Est-ce que cela ne veut pas tout dire ? Si vous markétez un livre sur la base de sa collection, celle-ci ne peut pas apparaître « discrètement » : elle doit au contraire être l’élément le plus visible dans la couverture, écraser et déterminer tout le reste. Et non seulement « le reste » n’est pas censé être trop différent d’une couverture à l’autre, mais il ne le peut en général pas, si l’on veut qu’il s’accorde toujours harmonieusement avec les éléments invariants.

Sachant cela, vous ne vous étonnerez pas de voir peu à peu disparaître de nos couvertures la petite bande à couleur qui les caractérisaient jusqu’à présent, et vous profiterez, je l’espère, des nouvelles possibilités de navigation qu’offre le site web !

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