Romance, romantica, erotica

Romance, romantica, erotica

La distinction entre romance et littérature érotique n’est pas évidente pour tout le monde. Pourtant, si elles ont des points communs ou qu’elles peuvent se marier en un genre mixte, elles n’en demeurent pas moins clairement distinctes.

Il faut dire que, lorsqu’on découvre la romance pour la première fois, ce sont probablement les références explicites à la sexualité qui frappent le plus. Pour le reste, il existe finalement beaucoup de classiques qui tournent autour d’une histoire d’amour récompensé. Avec la romance, on aborde la question souvent occultée en littérature, paradoxalement évidente dans la vie quotidienne, de l’amour physique. Question et réponse à la fois, l’amour physique sert tour à tour en romance de révélateur, de confirmation, de diversion voire de source de conflit entre les protagonistes.

Ces passages-là, scènes de sexe ou scènes « hot », sont désormais un élément attendu des lectrices en même temps qu’un défi pour les auteures : comment se renouveler sans donner plus d’importance à ces scènes que nécessaire ? En effet, si sensualité et sexualité sont emblématiques de la romance moderne, on dépasse rarement les deux ou trois scènes « hot » dans un roman entier. Ce qui différencie la romance de la littérature érotique est donc autant la proportion objective de sensualité dans le texte que son propos principal.

En romance, la prise en compte de l’amour physique ne sert qu’à soutenir une intrigue essentiellement psychologique. Les sentiments, la volonté, les valeurs et les décisions existentielles des personnages sont les thèmes réels d’une histoire d’amour réussie et épanouie. Au contraire, la littérature érotique a pour but principal d’introduire et de multiplier les descriptions d’amour physique, les autres sentiments et événements du récit n’ayant qu’une portée contextuelle ou instrumentale. À la rigueur, l’érotique peut même se passer de toute référence à l’amour…

Cependant, on trouve de plus en plus de fictions à la frontière des deux genres, respectant le principe d’amour heureux de la romance en même temps que la forte teneur en sexe de l’érotique. C’est cette zone intermédiaire qu’exploite notamment la bit lit, présentant une sexualité souvent plus crue et plus développée que dans la romance traditionnelle, sans pour autant y sacrifier une intrigue en bonne et due forme et son inséparable conclusion positive. En anglais, où l’on nomme « erotica » la littérature érotique, ces nouveaux styles de romance encore plus « pimentés » se font appeler, de la contraction des deux mots, « romantica ».

5 commentaires
  1. « À la rigueur, l’érotique peut même se passer de toute référence à l’amour… »
    Si l’érotisme peut se passer de toute référence à l’amour, nous tombons probablement dans le porno. Pour avoir lu quelques livres pornos et érotiques, mon choix va dans l’érotisme. J’avoue humblement qu’à la lecture d’un livre porno, j’ai aussitôt envie d’aller faire un câlin avec ma femme, mais la trame de ce genre de livre s’arrête pratiquement là. A croire que l’auteur écrit ce genre de d’histoire par facilité et pour se faire de l’argent. L’écriture érotique est à mon avis plus subtile et agréable à lire. L’intérêt pour un auteur de romances n’est-il pas de suggérer, « de laisser un voile fin sous une peau nue » ? Peut-être n’ai-je pas lu les bons auteurs, mais je ne suis pas convaincu de l’intérêt littéraire de certains de ces livres.

  2. « par facilité et pour se faire de l’argent » : voilà qui semble contradictoire. S’il était facile de se faire de l’argent, cela se saurait ! 🙂
    Quelle est la différence entre l’érotisme et la porno ? Je dirais que la première conserve une ambition artistique, tandis que l’autre se contente d’une efficacité mesurable (du moins, cela me semble la définition généralement perçue de nos jours, car ces termes ont évidemment une histoire). À cet égard, on peut s’interroger également sur la nécessité de l’érotisme/la porno d’exciter le lecteur ? Le sexe qui n’a pas pour intention d’exciter le lecteur est-il donc négligeable ? De quoi parle-t-on dans ce cas : littérature adulte, tout simplement ?

  3. Peut-être un homme perçoit-il ce type de littérature différemment. Il serait intéressant de lancer le débat ou un sondage. Le sexe n’est pas négligeable dans la littérature, mais la romance doit-elle l’englober totalement ou comme tu le stipule dans ta dernière phrase, Jeanne, la littérature adulte ? Je me pose donc une question, n’étant pas du tout un spécialiste de ce genre de lecture (romance): un auteur de romances doit-il écrire une ou plusieurs scènes pornos pour que son œuvre ait plus de chance d’être lue?

    • Bien sûr qu’il existe du sexe explicite ailleurs que dans la romance ! Je suis loin d’être spécialiste, mais rien que dans ce que j’ai lu par hasard, je pourrais citer Virginie Despentes, Marie Laberge, les livres L’Herbe bleue, Les Infortunes de la Belle au Bois Dormant…

      Quant à ta question : je suis gênée par le terme « scènes porno », ce n’est du moins pas comme cela que je les perçois lorsque j’en lis. Ensuite, quand on parle du lectorat, il faut avoir conscience que ce dernier est profondément clivé : en dehors du lectorat traditionnel de la romance, la présence de sexe dans un contexte de passion et d’amour a très mauvaise presse, et fait presque automatiquement chuter une œuvre d’un statut potentiellement sérieux à un statut « pas sérieux ». Écrire de la romance, c’est assumer de s’aliéner toute une partie du lectorat qui méprise cette forme de littérature. Au contraire, au sein du lectorat de romance, nous attendons en général que l’aspect physique de l’amour ne soit pas éludé/ignoré/négligé, pour des raisons diverses et variées, qui ne sont pas forcément les mêmes d’une personne à l’autre. J’aborderai peut-être cette question plus en détail dans un prochain article.

  4. En fait quand j’ai évoqué le terme « scènes pornos », j’ai parlé en tant qu’auteur. Lorsque j’écris mes romans, je décortique l’ensemble et parle donc de « scène ». Je n’écris pas toujours en suivant, page par page. Ainsi, lorsque j’ai la trame dans la tête, je peux aussi bien commencer par la fin ou écrire une « scène » qui sera placé à un autre endroit du récit. Par exemple, pour mon premier livre, début et fin étaient achevés alors qu’une centaine de pages entre les deux n’étaient toujours pas noircies.
    Désolé de t’avoir gêné, ce n’était pas mon but.

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