Tout ce qui parle d’amour n’est pas de la romance

Tout ce qui parle d'amour n'est pas de la romance

Il y a deux mois, j’ai décidé de fermer les soumissions libres ou spontanées, pour deux raisons. La première, c’est que j’avais accumulé de quoi lire jusqu’à la fin septembre, et que je n’aime pas faire attendre les auteurs plus de trois mois pour une réponse. La seconde, c’est que j’étais fatiguée de batailler contre les personnes qui m’envoyaient régulièrement tout et n’importe quoi en essayant de le faire passer pour de la romance. Je profite de rouvrir les soumissions pour mettre les points sur les i.

Non, toutes les histoires d’amour ne sont pas de la romance. Non, tout ce qui parle d’amour n’est pas de la romance.

Tout d’abord, la romance est une littérature de genre. C’est-à-dire que les œuvres qui tombent sous l’étiquette « romance » partagent plus qu’un thème qui, du reste, est quasi-universel et traité par tout le monde à toutes les sauces. La romance fait partie de ces livres qu’on choisit parce qu’on s’attend à quelque chose de bien précis, et si l’auteur ne nous le fournit pas, alors la romance est ratée, quelles que soient ses qualités littéraires ou philosophiques par ailleurs.

La romance raconte une histoire d’amour, mais pas n’importe quelle histoire d’amour. Et surtout, elle ne la raconte pas n’importe comment. J’ai mis quelque temps à me rappeler que les anglophones disent toujours au sujet de la romance que son thème réel, ou du moins spécifique, est le « courtship ». La cour, en français, sauf que ce mot est polysémique dans notre langue.

Plus qu’une « histoire d’amour », terme vague s’il en est, la romance raconte surtout comment deux personnes se courtisent : les efforts déployés par l’un et l’autre pour plaire et séduire, et les effets chez l’autre partie ; mais aussi, plus largement, tout ce qui peut participer, volontairement ou non, à leur rapprochement.

Il peut s’agir d’efforts pour s’éviter qui se retournent contre leur auteur, ou bien de circonstances extérieures qui conspirent à pousser les protagonistes l’un vers l’autre. Les intrigues classiques de mariages arrangés, de fausses fiançailles, ou bien le danger imprévu qui forcent deux personnes à faire équipe contre leur gré, tout cela permet, prépare et assiste le « courtship », la cour, même alors que celle-ci n’est pas souhaitée.

Ainsi, ne sont pas de la romance les histoires qui se contentent de mettre en scène : deux personnages amoureux, des sentiments amoureux, la formation d’un couple ou la possibilité d’un couple. (Si je le mentionne, c’est que j’ai réellement, dans la vraie vie, reçu tout ça. Je vous épargne les histoires d’amour entre une personne et… autre chose, ainsi que les histoires sans le moindre grain d’amour dedans.) La romance ne se satisfait pas de l’un de ces éléments isolés ; elle les exige tous à la fois, dans une séquence bien précise.

Les sentiments amoureux doivent être développés, de leurs balbutiements à leur pleine acceptation, et, surtout, s’avérer réciproques (d’où notre goût pour les points de vue alternés, qui nous assurent à 100 % de ce fait). C’est ce qui permet de faire la transition vers la possibilité d’un couple entre deux personnages amoureux. Mais s’arrêter là serait aussi une erreur. En effet, tout le propos de la romance est de montrer comment, en dépit des obstacles, des difficultés, des épreuves, un couple réussit à se former concrètement, dans la réalité, et pour de bon. Enlevez-nous cela, et vous nous enlevez ce pour quoi on lit de la romance.

Tout cela ne constitue pas les codes de la romance, mais sa définition. Les codes peuvent toujours être détournés ou modifiés pour des raisons valides. Parmi les codes de la romance, je compte par exemple le fait que le héros doit être séduisant, ou qu’une place doit être faite à la sexualité. Mais on trouve des histoires qui infirment ces généralités et peuvent cependant prétendre au titre de romance. En revanche, si vous ne respectez pas la définition même du genre… vous êtes simplement en train d’écrire quelque chose d’autre.

Mais la bonne nouvelle, si vous écrivez effectivement quelque chose d’autre, la voici : toutes les maisons d’édition qui font dans la littérature générale, y compris les plus grosses et les plus prestigieuses, peuvent vous publier. Même si vous écrivez dans un autre genre, vous disposez certainement de dix fois plus d’options (au bas mot) qu’en écrivant de la romance. Tandis que, si vous écrivez de la romance en français, vous n’avez le choix qu’entre quelques maisons qui se battent en duel, la majorité n’éditant qu’en numérique.

Dans le paysage éditorial francophone, écrire de la romance est encore et toujours un handicap, et je n’arriverai jamais à comprendre que quiconque n’est pas un vrai passionné du genre veuille sciemment s’y enterrer. (Attention, je ne parle pas du marché. Je parle bien et exclusivement des éditeurs à compte d’éditeur qui sont positionnés sur ce marché, comme Laska. Il y en a peu et ils ne vous offriront pas la lune, même ceux qui en ont objectivement les moyens ; question de priorité.)

Sur ce, je souhaite à tout le monde la meilleure chance pour se faire éditer, et j’espère que grâce à nos nouvelles consignes, je pourrai m’occuper de mes auteurs encore mieux que je ne l’ai fait jusqu’à présent !

3 commentaires
  1. En fait, pour cerner objectivement ce qu’est la romance, il faut en avoir lu et de préférence beaucoup !
    Et même si on a bien compris de quoi il retourne, on n’est pas forcément assuré de bien faire. Le plus simple étant de copier ce qui se fait déjà en employant les mêmes clichés (jusque dans le vocabulaire)les mêmes contextes etc…Mais ça reste une pâle copie de quelque chose que d’autres font déjà très bien !
    Tout un roman basé sur les sentiments amoureux, c’est sûr, c’est pas aussi évident que ça en a l’air et ça peut vite devenir ennuyeux si les héros ne font qu’hésiter pendant 300 pages sur ce qu’ils éprouvent. De même, les quiproquos qui durent alors qu’ils pourraient être résolus très facilement, ça agace !
    Certaines auteures comme Mary Balogh ou Lisa Kleypas ont un véritable talent pour raconter ce qui se passe dans la tête d’un personnage qui découvre ses sentiments et tente de conquérir l’objet de son désir.
    En France, on se sent toujours obligé de rajouter autre chose, de noyer l’histoire d’amour dans un sujet plus « sérieux », car la romance est encore considérée comme de la non-littérature. De la même manière, si on a une belle histoire d’amour elle se terminera tragiquement car il faut éviter à tout prix de tomber dans le sentimentalisme ! Cette vision influence sans doute les auteurs qui ne connaissent pas bien ce genre et n’osent pas s’écarter de la triste réalité de peur de passer pour des midinettes.
    Ce que j’apprécie dans les publications de Làska c’est que bien qu’elles respectent cette définition, elles n’obéissent pas strictement aux codes qui sclérosent parfois la romance en interdisant certaines choses sous prétexte que les lectrices n’y sont pas habituées. L’introduction de la romance homo en est un exemple.
    En tant qu’auteur, il est frustrant d’écrire une histoire en ayant toute une liste d’interdits. Nos discussions récentes le prouvent, la romance doit faire rêver, certes, mais elle peut aussi aborder des thèmes réalistes et mettre en scène des personnages pas forcément parfaits. Quand on lit de la romance, on n’a pas envie de se perdre dans ce qui n’est pas la relation entre deux personnages. C’est pourquoi le contexte est souvent à peine ébauché. Inutile de raconter en long et en travers un évènement extérieur si celui-ci ne sert pas directement l’intrigue amoureuse.C’est particulièrement visible en historique où souvent,l’intrigue pourrait se dérouler à n’importe quelle époque, il suffirait juste de changer quelques détails.

  2. Encore un article très intéressant ! C’est bien de rappeler les bases et c’est sûr qu’il doit y avoir beaucoup de confusion entre raconter une histoire d’amour et une romance. J’avoue ne m’être pas penchée sur la question avant de participer à l’AT l’an dernier. Il y a des codes et des objectifs précis… ce n’est pas si simple 😉

  3. Encore une fois, un article très intéressant, Jeanne.
    Je suis d’accord avec Manon, sur de très nombreux points, pour changer xD Ce que j’aime particulièrement chez Laska, c’est que tu as eu de l’audace dans les choix de tes titres et que tu proposes aux lecteurs un large éventail déjà de Romance.
    Continue comme ça!♥

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