Trouver le concept accrocheur

Trouver le concept accrocheur

Lorsque je lis un manuscrit, je l’évalue à plusieurs niveaux, notamment : l’écriture ou la facilité de lecture, la crédibilité et la cohérence de l’intrigue, le rythme global de l’histoire, et la capacité de l’auteur à me faire plonger dans son univers et ressentir les émotions des personnages. Assurément, c’est là l’un des aspects de mon travail d’éditrice. Le piège, c’est que si l’éditeur accepte un manuscrit après l’avoir lu, la lectrice, elle, l’achète avant de le lire. Et même si l’on s’efforce de proposer le maximum de gratuit en amont, il demeure que contrairement à l’éditeur, dont c’est le travail de lire, la lectrice choisira toujours ce qui lui fait envie, gratuit ou non.

À moins de réussir à créer un vrai gros buzz (et/ou d’être signé d’un auteur déjà connu), un livre continuera d’être acheté sur la base de deux critères essentiels : la couverture et le résumé. C’est la raison pour laquelle ces deux éléments cruciaux du marketing ne sont pas, en principe, laissés dans les mains de l’auteur. L’auteur a des goûts, les siens, mais pas forcément un sens marketing aigu. Parlons des couvertures en romance : presque personne dans la communauté, à commencer par les auteures, n’aime spécialement les « clinch covers », ces couvertures qui présentent un couple, souvent partiellement dévêtu, dans une étreinte passionnée. Cependant, force est de constater qu’elles crient « romance ! » comme aucune autre. Non seulement elles attirent immédiatement l’œil de la lectrice avertie, mais difficile de se tromper de contenu quand le contenant est aussi explicite.

La couverture type de romance, donc, n’est pas là pour exprimer métaphoriquement le sens profond de tel roman particulier, mais pour annoncer le genre. La lectrice de romance sait à la couverture qu’il s’agit bien de son genre favori, mais elle sait aussi que toutes ces couvertures se ressemblent, et qu’on ne peut « juger un livre sur sa couverture ». Intervient donc le résumé ou ce qu’on appelle parfois le « quatrième de couverture », de sa position au dos des livres papier. En romance, les résumés, comme les couvertures, ne sont pas là pour rendre le style particulier de l’auteur ou le message implicite véhiculé par l’histoire. (Si le message pouvait être exprimé en dix lignes, pourquoi avoir pris tout un roman pour le faire ?)

Même si le genre a déjà été annoncé par la couverture, le résumé doit donner à la lectrice les repères attendus, qui situent directement une histoire comme une romance : qui est le héros, qui est l’héroïne (je reconnais mon biais hétérosexuel), qu’est-ce qui les lie et/ou les oppose, quel est l’enjeu porté par leur couple. Le résumé est donc un outil marketing, qui doit être rédigé comme tel, à la manière d’une publicité. Toutefois, un résumé reste évidemment soumis à la réalité du texte. Si tel roman a pour héros un employé de banque, le résumé le reflètera. Si le héros est un Highlander, de même. Lequel, selon vous, a le plus de potentiel commercial ?

Un éditeur peut trouver un manuscrit bon, bien écrit, en soi digne d’être édité, mais… malgré toute la promotion du monde, le succès du livre dépendra de son concept de base. D’où l’importance, à mon avis, pour un auteur, de trouver la bonne idée, le concept accrocheur dès le début, avant même de songer à polir son manuscrit et à l’envoyer à des éditeurs. L’idée vendeuse, beaucoup plus que vos qualités objectives d’écriture et les efforts que vous aurez consacré à votre manuscrit, est ce qui peut vous garantir la publication. Une idée vendeuse, qu’est-ce que c’est ? C’est une idée qui, exposée dans un résumé de quelques lignes apparemment similaire à tant d’autres résumés, saura interpeller et intriguer les lecteurs, leur donner envie de lire ce livre et pas un autre.

Selon moi, les idées vendeuses sont de deux types : celles qui surfent sur des succès avérés, et celles qui, au contraire, semblent trancher avec tout le reste. Les deux ont leurs risques, leurs avantages et leurs inconvénients. Lorsque j’ai pris l’exemple du Highlander, il s’agissait d’une idée du premier type. On sait que les romances Highlander ont un public dédié, et que si vous donnez les gages suffisants d’une bonne romance Highlander dans la même veine que les plus réussies, ce public l’achètera sans se poser davantage de questions. D’autres thèmes ou niches qui semblent attirer par défaut et par association sont, par exemple : les milliardaires, les cowboys, les vampires, les stars du sport, les inspecteurs de police, les militaires, les ducs, les libertins… toujours avec l’obligation d’être beaux et virils, évidemment. Mais les héros ne sont pas les seuls concernés ; il existe aussi des types d’intrigue comme les retrouvailles, les enfants cachés, les mariages arrangés, les fausses fiançailles…

Dit comme cela, il est facile de devenir cynique ou de prendre ces thèmes pré-conçus de haut. Tel n’est pas du tout mon propos. Comme la plupart des lectrices de romance, j’ai moi aussi des thèmes quasiment « auto-buy », c’est-à-dire qu’il suffit d’un thème pour que j’achète un livre. L’avoir rencontré dix fois ou plus dans d’autres romans n’est pas un argument ; je suis toujours curieuse de la façon dont telle autre auteure l’aura rendu, et j’espère toujours voir un thème rebattu renouvelé avec brio. Car tel est le risque des romances « thématiques » : si vous vous engagez dans un terrain bien connu et exploité, vous avez intérêt à être à la hauteur, sans pour autant donner l’impression de copier.

Le deuxième type d’idée n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’inverse absolu du premier. Le but n’est pas d’être original à tout prix, et personne ne vous donnera de bons points juste pour cela. Avant de vous lancer dans quelque chose qui se voit peu en romance, demandez-vous pourquoi : c’est sans doute parce que cela se vend mal, et n’attire donc pas les lectrices. Avant d’essayer de briser les clichés, assurez-vous qu’il ne s’agisse pas d’un code du genre, dont l’absence risque de décevoir cruellement les lectrices (et non de les faire se pâmer devant l’originalité et le courage de l’auteur). Une romance qui se caractérise par son originalité, c’est bien souvent une romance qui réussit un compromis : briser certains clichés tout en en renforçant d’autres.

Vous voulez un héros au physique moins qu’avantageux ? Son métier et/ou sa personnalité doivent être foncièrement excitants. Vous pensez à une première fois désastreuse ? (D’habitude, l’héroïne de romance a un orgasme dès son dépucelage.) Il faut que les fois suivantes la compensent largement. Etc. Mais surtout, lâchez la bride à votre imagination en ce qui concerne l’intrigue. Une histoire d’amour, ça peut être très simple, mais en romance, on aime quand c’est très compliqué, parfois à la limite du crédible (à votre plume ensuite de rendre les sentiments vrais et donc, convaincants). Qu’est-ce qui amène nos deux héros ensemble ? Qu’est-ce qui les empêche de simplement se tomber dans les bras, ou encore de croire à un avenir ensemble ? Sortez des sentiers battus.

Et là où cette recommandation devient impérative, c’est… en romance paranormale et fantasy. Les vampires et les loups-garous sont toujours vendeurs, mais demandez-vous si votre histoire vaut la peine d’être lue quand on a déjà lu des dizaines d’histoires de vampires et de loups-garous. Est-ce que le monde environnant, l’enjeu de votre histoire au moins est inédit ? Dans les genres de l’imaginaire, vous n’avez pas l’excuse d’être limité par la réalité. Et la copie paraîtra d’autant plus que ce qui est imaginaire possède une source et un créateur identifiables, contrairement au réel, qui nous est donné également à tous.

Enfin, la dernière possibilité, toujours dans l’esprit du compromis, est de combiner des clichés qui n’ont pas l’habitude d’être vus ensemble. Dernièrement, j’ai lu deux romances qui me semblent entrer dans cette définition : la première mettait en scène une troupe d’élite (cliché de la romance militaire contemporaine) dans les Highlands ; la seconde un pirate dans un contexte Régence. Les éléments ne sont peut-être pas originaux, mais le concept résultant, oui !

15 commentaires
  1. Bonjour,
    J’ai lu attentivement votre article. Vous y exposez le point de vue de l’éditeur qui se trouve confronté à la nécessité de vendre et d’attirer les lecteurs et les lectrices. Toute la question est d’examiner jusqu’à quel point il faut se soumettre aux diktats de la mode. N’y a-t-il pas une contradiction entre les deux options que vous envisagez: d’une part accepter les codes classiques de la romance et d’autre part faire preuve d’originalité, sortir des sentiers battus? Autrement dit plaire au plus grand nombre, les lecteurs conditionnés par la publicité, les séries américaines, ou apporter à son récit une profondeur qui ennuiera la masse, mais éveillera l’intérêt d’un petit nombre. C’est aussi un choix éditorial.
    Jack

  2. Bonjour,
    j’y expose surtout mon point de vue d’éditrice. Après tout, chaque éditeur est libre de faire ce que bon lui semble, et beaucoup de petits éditeurs se lancent au contraire dans cette activité pour proposer des publications peu commerciales, qui sont justement délaissées par les gros éditeurs. (J’en ai déjà parlé dans mes précédents articles « De l’édition ».)
    Mon cas est différent, car en 2012, il n’y avait pas de gros éditeur de romance commerciale francophone. J’ai donc décidé d’occuper avec Laska ce segment du marché. Un segment mainstream et commercial. C’est ma décision, mon souhait, et je l’assume, mais cela n’engage aussi que moi, et en rien les éditeurs en général. J’ajoute quand même que ce choix éditorial n’est pas juste opportuniste, mais correspond aussi à ce que j’aime personnellement et connais le mieux. Je ne me sens pas les compétences d’éditer d’autres genres ou styles de textes (du moins pas dans les détails de ce qu’on est en droit d’attendre d’un éditeur).
    Cela étant éclairci, je pense que vous vous méprenez en parlant de « mode » en relation avec mon sujet. Qui a parlé de mode ? Certainement pas moi. La « mode » est un phénomène très limité, autant en nombre de thèmes qu’en durée, or la romance moderne fait un carton depuis quarante ans, et dans une multiplicité de sous-genres et de thèmes. La romance commerciale n’est pas une mode, c’est un genre ; merci beaucoup. La mode, c’est par exemple les vampires depuis quelques années (c’est en train de passer), et plus récemment, l’érotique, le BDSM et le New Adult. Mais la romance ne se limite pas à cela, les bestsellers en romance ne se limitent pas à cela, les succès, les succès moindres et les flops en romance ne se limitent pas à cela. Et pourtant, ils font tous partie de la romance dite « commerciale », et ont été publiés par des éditeurs parce que ceux-ci ont jugé qu’ils possédaient une « idée vendeuse », au contraire de tous les manuscrits qui ont été rejetés.
    Il n’y a aucune contradiction entre le respect des codes et l’originalité. Si vous croyez cela, vous condamnez d’office toute la littérature de genre, dont c’est la définition même.
    Plaire au plus grand nombre est effectivement mon but. Je préfère éveiller l’intérêt d’un grand nombre que d’un petit nombre. Mais je tiens quand même à vous détromper : je ne me sens pas « conditionnée par la publicité », car je ne regarde jamais la télévision et ne lis pas de magazines. 😉

    • Bonjour,
      Vous y exposez votre point de vue, d’accord. Mais il n’est pas très différent de celui de la plupart des éditeurs.
      Concernant la romance et la mode, on peut épiloguer sans fin. Sachez tout d’abord que je n’ai rien contre la romance en général. J’en ai moi-même écrit une qui est restée confidentielle, parce qu’elle n’a pas été défendue par un éditeur. Pourtant elle s’est bien vendue dans un petit cercle d’amis. Peut-être aussi n’était-elle pas assez « accrocheuse ». Peut-être aussi est-ce une sorte de loterie qui fait que des oeuvres obtiennent du succès et d’autres tombent dans l’oubli.
      Concernant la mode, je m’explique. Je ne dis pas qu’il y ait contradiction entre respect des codes et originalité. Cependant une idée est originale pour le premier auteur qui l’utilise. Si elle fait recette, tous les autres s’en emparent et ce qui était original subit un effet de mode. Exemple: Cinquante nuances de Grey est en passe de devenir la référence en matière de romance.
      J’espère que je me suis bien fait comprendre: je ne dis pas que vous cédez à cette mode, je constate juste que c’est un phénomène répandu.

  3. « Autrement dit plaire au plus grand nombre, les lecteurs conditionnés par la publicité, les séries américaines, ou apporter à son récit une profondeur qui ennuiera la masse, mais éveillera l’intérêt d’un petit nombre. »

    Pur préjugé. J’ai eu l’occasion de constater, notamment en romance, que certaines des œuvres qui me touchaient le plus et qui me semblaient les plus profondes appartenaient très clairement à des genres commerciaux. Lire par exemple Courtney Milan en romance historique, genre commercial s’il en est. Et souvent ces œuvres recevaient un certain succès commercial – voir Courtney Milan.

    Il n’existe pas de choix entre la profondeur et l’attrait généralisé. Je ne nie pas l’existence de best-sellers affligeants (inutile de citer d’exemples) mais je nie vigoureusement que les best-sellers soient forcément affligeants, par nature, parce que plaire à beaucoup signifie forcément s’être abaissé.

    C’est un problème très français de penser ainsi (mais vous pouvez certes ne pas être français) et cela s’appelle l’élitisme : renier ce qui plaît à beaucoup parce que les masses ne peuvent pas avoir bon goût. Pour ma part, j’ai aimé Harry Potter à tous les niveaux (même stylistique, mais je l’ai lu en VO) et le succès commercial immense de Rowling ne diminue pas son mérite littéraire à mes yeux. Il est mérité.

    L’édition anglophone est dans l’ensemble plus commerciale que l’édition francophone. C’est une bénédiction car cela tend à éliminer les excès de littérature complaisante et nombriliste (pas entièrement, même chez les anglophones) et à donner beaucoup plus de vigueur à la littérature. Que 90% des livres me semblent creux ou ineptes n’est pas si grave, parce qu’ils plaisent à quelqu’un d’autre. Et la présence des SAS en rayons fait moins de mal à la littérature que celle d’un khâgneux comme Marien Defalvard ou d’un Gaspard Koenig, avec promotion médiatique en renfort. J’argumenterai même que SAS est profitable à la littérature.

    La littérature a besoin de lecteurs. Même les Dan Brown, même les Marc Lévy, même les Livres Dont Vous Êtes le Héros. Le problème d’une littérature qui « éveille l’intérêt d’un petit nombre », si elle est la seule autorisée et approuvée, c’est qu’elle détruit l’intérêt du public pour la lecture et en menace l’avenir.

    • Il aura suffi d’une phrase à Richard Arlain pour me taxer d’élitisme. Voilà bien la difficulté de se faire comprendre dans un blog. L’élitisme est un système qui favorise les meilleurs éléments d’un groupe au détriment de la masse. Je ne défends nullement cette idée, je constate seulement que la plupart des consommateurs de contenus littéraires ou artistiques se tournent naturellement vers des oeuvres plus faciles ou d’aspect accrocheur. C’est une évidence qui se vérifie depuis les jeux de cirque de la Rome antique jusqu’à nos jours. Ce que je défends, c’est une littérature de qualité, même si elle est diffusée en petit nombre, ce qui constitue certes un risque pour les éditeurs.
      « Eveiller l’intérêt d’un petit nombre » me paraît méritoire. Mais je n’ai pas dit que cette littérature-là devait être « la seule autorisée et approuvée ». Richard Arlain, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit.

      • Effectivement, vous n’êtes pas allé aussi loin que l’accusation de Richard, mais j’ai du mal à voir la différence entre « favoriser les meilleurs éléments d’un groupe au détriment de la masse » et « défendre une littérature de qualité, même si elle est diffusée en petit nombre » (donc au détriment du grand nombre qui n’y aurait pas accès). Pour moi, c’est strictement analogique.
        Les œuvres littéraires et artistiques ont du succès pour toutes sortes de raisons, qui reflètent la complexité de l’âme humaine, et ne se résument certainement pas à la « facilité » de l’œuvre. Cette idée est simpliste et insultante, honnêtement.

        • Si vous vous sentez insultée, je ne dis plus rien. Vous interprétez mal mes paroles. Inutile de poursuivre ce dialogue de sourds.

          • Oui, bien sûr, c’est moi qui fais mal, j’aurais dû m’en douter. Vous, vous n’y êtes pour rien du tout. Et vous vous étonnez que je me sente insultée ?

  4. D’accord, les romances dites commerciales ne sont pas systématiquement creuses et sans intérêt, mais ne bénificient-elles pas au départ d’un préjugé favorable, du fait même de leur montage en épingle par les médias?
    Pour ma part, je ne suis pas élitiste pour deux sous. Comme pour la plupart des auteurs, plaire au plus grand nombre est mon but. Je ne crois pas au mauvais goût des masses; par contre, je crois en leur subtile orientation. Pour l’instant, la mode est à la romance cul et même très cul; il n’y a qu’à voir le classement Amazon où les clones de Délivre moi se taillent la part du lion, laissant peu d’espace aux autres. On peut toujours dire que l’engouement passera (d’ailleurs, est-il bon qu’il le fasse?) il a l’air implanté pour longtemps. ça m’amuse et en même temps, me contrarie car, du coup, mes propres histoires me semblent démodées, out. Par exemple, je suis en train de relire (de réécrire aussi, un peu) ma transposition de La princesse de Clèves et avec le recul, je trouve le truc vieillot, peut-être parce qu’il n’y a pas de scènes hot explicite. A laisser tomber ou à moderniser, l’héroïne s’envoyant en l’air dans toutes les positions avec le beau Nemours ou le vidame de Chartres baisant à tour de bras(!!!) Cette romance est contemporaine, mais que dire de mes historiques! Elles me semblent hyper classiques, pas dans l’air du temps, d’où ma décision de ne pas persévérer dans un genre que j’aime, pourtant. Honnêtement, je ne sais plus quoi écrire, je suis dans l’impasse totale.

    • Marie, je trouve ton commentaire très intéressant, et il rejoint certaines de mes propres réflexions. Mais tu parles de la mode, et encore une fois, les ventes ne se limitent pas à ce qui est à la mode, heureusement !
      Oui, certains sous-genres ou thèmes ont plus le vent en poupe que d’autres à certains moments, mais ça ne veut pas dire que la tendance ne va pas s’inverser plus tard (à une époque, la romance historique dominait la romance). Tout change constamment. Mais surtout, au-delà des modes, il existe des lectorats stables qu’il ne faut pas négliger. Je pense par exemple aux blogueuses Chi-Chi et Tam-Tam, qui m’ont aidée à pré-sélectionner les nouvelles du concours : elles ont détesté une certaine romance érotique BDSM que je ne nommerai pas, et de toute évidence, passent complètement à côté de cette mode, et s’obstinent à lire de l’historique et du contemporain « classique »…
      Ce que j’essayais de dire dans l’article, c’est qu’il faut à la fois réussir à atteindre ce « lectorat stable » (ou fidèle) par des signes de reconnaissance mutuelle, et lui donner d’emblée l’impression que ce n’est pas une histoire banale, lue cent fois et prévisible. Trouver cet équilibre est une gageure, à n’en pas douter, mais c’est aussi ce qui rend l’écriture excitante, je pense.
      Mais surtout, je suis convaincue que l’une des raisons majeures de l’absence de romance historique dans les tops Kindle d’Amazon est due… à l’absence de version numérique des romances historiques à succès. Eh oui ! Si elles n’existent pas, elles ne peuvent pas se vendre. Et qui sait si ce n’est pas une opportunité ? Les premiers arrivés seront les premiers servis. Mais vu le nombre (quasi nul) de romances historiques que je reçois, ça ne risque pas d’être Laska… Dommage, parce qu’on avait une vraie chance de prendre ce marché.
      Quant à la question du sexe, il ne faudrait pas non plus croire les média ignorants qui pensent que c’est un phénomène nouveau. La romance est explicite depuis 40 ans. À plusieurs égards, même, c’était plus hard à l’époque…

  5. Oui, il existe un lectorat stable. J’ai eu l’occasion de discuter avec des lectrices de romances lors de dédidaces ou chez les bouquinistes, ou encore dans des vide-greniers!!! lesquelles n’étant pas fans de BDSM, mais plutôt d’histoires traditionnelles.
    En effet, atteindre l’équilibre entre le prévisible rassurant et l’originalité est une vraie gageure. Je pensais relever le défi, mais je dois bien reconnaître mon échec.
    La romance historique demande un investissement énorme pour peu de retours au final. La documentation, voilà où le bât blesse; j’ai renoncé à écrire une romance sur les jarrets noirs, à cause de l’absence de références sur le sujet.
    Autre chose: Logiquement, Marta aurait dû cartonner sur Amazon; or, il n’en a rien été (du moins, il me semble, je peux me tromper.) Est-ce parce que l’Historique est la chasse gardée des Anglo-Saxonnes et de leurs affidés? Perso, je ne m’attends pas à des miracles avec ma prochaine. Même si c’était un chef d’oeuvre, elle serait boudée, de toute façon.
    J’ai quantité d’autres idées, plus conformes aux codes du genre, mais à quoi bon?
    Vrai pour le sexe, l’érotisme existait avant Fifty: voir Pierre Louïs, Emmanuelle Arsan, Pauline Réage, Françoise Rey et d’autres. Très hard, mais aussi, littéraire.

    • Marta ? Tu parles de notre Marta ? Parce que l’ebook n’est pas encore paru hors abonnement, donc pas étonnant qu’il ne se soit pas vendu… 😉
      C’est vrai qu’il est plus difficile d’écrire une romance historique qui tienne la route, par rapport au contemporain qui me semble plus facile à écrire sans pour autant se prendre la tête.
      Mais je ne crois pas du tout que la romance historique soit boudée par principe ; j’ai au contraire de gros espoirs vis-à-vis de notre collection historique.
      Quand je parlais de sexe, je restais dans le cadre de la romance. Les auteurs que tu cites n’écrivent pas de la romance, pour autant que je sache.

  6. Bon, alors, tous les espoirs restent permis pour Marta: tant mieux.
    Pour le reste, tu as raison d’y croire; mon pessimisme foncier n’est pas forcément communicatif!!!
    En fait, l’Historique peut marcher s’il est mâtiné de fantasy ou de fantastique. Le style benzonien est rédhibitoire, à mon avis.
    « Emmanuelle » ne pourrait-il pas être classé romance hot?

    • Hmm, pas forcément. D’ailleurs, qui fait cela ? Ce n’est pas très courant. Benzoni non plus n’écrivait pas (que) de la romance… En tout cas, ce que j’ai lu d’elle n’en était pas, et ses livres ne sont pas décrits ainsi par Wikipédia (qui n’a pas la science infuse, je sais, mais bon, c’est un signe). Et où est la romance dans Emmanuelle ? Je n’en vois pas.

      J’avoue mon ignorance vis-à-vis des romances « ménage à trois » et autres configurations polyamoureuses (que par conséquent, je ne publie pas à priori), mais je ne pense pas que ça dispense l’auteur de présenter une histoire d’amour suivie entre des personnages bien définis, avec une fin satisfaisante pour tous. Ce n’est pas du free-for-all.

  7. Tous les ingrédients de la romance sont réunis chez Juliette, il me semble. J’ai tendance à m’aligner sur elle plus que sur les Anglos-saxonnes, bien que certains de leurs romans soient remarquables: Le sceptre d’or et Le seigneur de la brume, par exemple. Des anciens, comme par hasard, les nouveaux me plaisent moins avec leurs scènes hot incongrues dans le contexte de l’époque.
    Actuellement, le terme romance est un peu fourre-tout, d’où mes interrogations à ce sujet. En effet, Emmanuelle multiplie les expériences sexuelles, sans que l’amour intervienne dans l’affaire. Donc, en ce sens, ce n’est pas une romance stricto sensu.

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